Un geste obscène dans une usine Ford
Le 13 janvier, lors d'une visite dans une usine du constructeur automobile Ford près de Détroit, Donald Trump a été filmé adressant un doigt d'honneur à un ouvrier. Selon le site TMZ, cet ouvrier interpellait l'ancien président américain à propos de ses liens avec Jeffrey Epstein, le criminel sexuel qui s'est suicidé en prison en 2019.
Ce geste peut, sans conteste, être qualifié d'obscène, d'autant plus qu'il est effectué par un ancien président de la nation la plus puissante du monde. Il répond parfaitement à la définition du terme, qui offense le bon goût et choque par son caractère inconvenant, son manque de pudeur, sa trivialité et sa crudité, selon le Centre national de ressources textuelles et lexicales.
La réponse de la Maison Blanche et la stratégie trumpienne
La Maison Blanche, qui s'est crue obligée de réagir à cette séquence fugace, a rapidement déclaré que « le président a répondu de manière tout à fait adéquate et dénuée d'ambiguïté ». Cette réaction n'est pas surprenante, car l'obscénité fait partie intégrante de la stratégie de conquête et de conservation du pouvoir de Donald Trump.
Il a, par exemple, tenu des propos sexistes, notamment dans des enregistrements où il parle d'« attraper par la chatte » les femmes, ce qui a suscité une vive réaction mais ne l'a pas empêché de remporter deux mandats présidentiels. Trump use souvent d'un langage grossier pour décrire ses adversaires politiques ou des personnalités publiques.
Il se livre aussi à des imitations jugées offensantes pour se moquer de certaines personnes, y compris des chefs d'État comme Emmanuel Macron. Il va même jusqu'à piétiner toute civilité en divulguant sur son réseau Truth Social un échange privé avec le président français.
Le projet obscène d'achat du Groenland
La détermination de Donald Trump à s'emparer du Groenland, une île autonome sous souveraineté danoise, relève également de l'obscène. Selon le géographe Michel Foucher, « Trump raisonne en agent immobilier », obsédé par l'imaginaire du territoire et l'idée d'ajouter de nouvelles terres à l'Amérique pour lui redonner sa grandeur.
Le slogan « Make America great again » fait référence à cette extension spatiale. Cependant, Trump est habité par une vision mercatorienne du monde qui représente le Groenland plus grand que l'Afrique, alors qu'il est quatorze fois plus petit.
L'obscénité de ce projet vient du fait qu'il entend acheter l'île convoitée, malgré l'opposition d'une grande majorité de ses habitants. Les Inuits, qui représentent 85 % des 57 000 Groenlandais, entretiennent un lien très fort à la nature, considérée comme la Terre-mère. Ce peuple a le sentiment profond de faire partie de son environnement, qu'il n'envisage pas comme hostile mais nourricier.
Ainsi, le projet de Trump, que l'on pourrait qualifier de néocolonialiste, présuppose que l'on peut acheter l'âme d'un peuple avec des dollars, ce qui en souligne toute l'obscénité.
L'obscénité dans le contexte médiatique et fasciste
L'obscénité fondamentale de Donald Trump dépasse le cadre de la définition habituelle et s'inscrit dans la modernité technologique, notamment dans le contexte des médias. Elle réside dans une hyperprésence qui emplit la médiasphère ad nauseam.
Timothy Snyder, dans une tribune parue dans le New Yorker, affirme que « Trump a toujours été une présence, non une absence : la présence du fascisme ». L'historien américain rappelle que l'une des caractéristiques essentielles du fascisme réside dans l'instrumentalisation de la langue : « Un fasciste ne s'inquiète pas du lien entre les mots et leur sens ».
Il les tord obscènement pour qu'ils le servent. C'est ainsi que Trump a qualifié de « terroriste » Renée Good, la femme abattue par la police de l'ICE le 7 janvier. De même, Poutine, le rival mimétique de Trump, nomme « opération spéciale » une guerre qui dure bientôt depuis quatre ans.
Un autre trait du fascisme, selon Snyder, est le fait qu'un leader choisit de façon arbitraire son ennemi en exploitant des vulnérabilités. C'est ainsi que les migrants sont devenus la cible privilégiée de Trump. Il en parle en usant d'une rhétorique nazie, directement inspirée de Mein Kampf.
Olivier Mannoni, auteur de « Coulée brune » avec comme sous-titre « Comment le fascisme inonde notre langue », note par exemple cette phrase prononcée par Trump : « Les migrants empoisonnent le sang américain ». Il s'agit là d'une appropriation de l'énoncé nazi, symptomatique d'une pensée raciale biologiste : « Les juifs empoisonnent le sang allemand ».
Vers une obscénocratie ?
Pour finir, le néologisme « obscénocratie » pourrait caractériser une pratique politique fondée sur l'obscène et l'hyper-présence médiatique de l'obscènocrate. Ce terme pourrait également englober une culture où le scandale et l'excès sont valorisés, où les figures publiques qui adoptent ce comportement obtiennent une légitimité et un pouvoir disproportionnés.
En somme, le terme « obscénocratie » pourrait servir à illustrer la dynamique inquiétante initiée par Trump, en mettant en lumière l'impact de l'obscénité et de la provocation dans le paysage politique contemporain.