Iran : répression interne et ouverture nucléaire, un double jeu diplomatique
Iran : répression et ouverture nucléaire, un double jeu

Iran : entre répression interne et ouverture nucléaire, un double jeu diplomatique

Tandis que l'Iran affiche une volonté de dialogue sur son programme nucléaire, la répression des voix critiques s'accentue brutalement à l'intérieur du pays. Cette dualité stratégique se manifeste par des arrestations ciblées dans le camp réformateur et la condamnation de la lauréate du prix Nobel de la paix, Narges Mohammadi, alors même que Téhéran entretient des pourparlers avec les États-Unis.

Une répression qui s'intensifie contre les opposants

Le pouvoir iranien a procédé à une série d'arrestations visant des figures clés de la coalition du Front des réformateurs. Depuis dimanche, cinq personnalités ont été interpellées, dont la cheffe Azar Mansouri, le porte-parole Javad Emam et l'ancien député Ali Shakouri Rad, selon des médias locaux. Ce mouvement réformateur, qui avait soutenu le président Massoud Pezeshkian lors de la campagne de 2024, s'est distancié du gouvernement après les manifestations de fin décembre contre la crise économique.

Parallèlement, Hossein Karoubi, fils de l'opposant Mehdi Karoubi, a été arrêté lundi après une convocation du parquet. Son père, libéré l'an dernier, avait passé des années en résidence surveillée. Les autorités ont réprimé dans le sang les mouvements de contestation, avec des bilans humains alarmants selon les ONG, qui redoutent des milliers de morts.

Narges Mohammadi condamnée à de la prison ferme

Narges Mohammadi, récipiendaire du prix Nobel de la paix en 2023, a été condamnée samedi à de la prison ferme pour des accusations de rassemblement et collusion en vue de commettre des crimes et activités de propagande. Emprisonnée à plusieurs reprises ces vingt-cinq dernières années pour son combat contre la peine de mort et le code vestimentaire strict, elle symbolise la résistance face à l'oppression. Le ministère français des Affaires étrangères a déploré lundi que l'Iran ait fait à nouveau le choix de la répression et de l'intimidation.

Ouverture nucléaire conditionnée à la levée des sanctions

Sur le front diplomatique, l'Iran s'est dit disposé lundi à une possible dilution de son stock d'uranium hautement enrichi, à condition que soient levées toutes les sanctions internationales. Mohammad Eslami, chef de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique, a précisé que cette mesure dépendait d'une contrepartie complète. Avant les frappes israélo-américaines de juin, l'Iran enrichissait l'uranium à 60%, bien au-delà des 3,67% autorisés par l'accord de 2015, devenu caduc après le retrait américain en 2018.

Les pourparlers avec les États-Unis, repris vendredi à Oman, restent marqués par une méfiance profonde, selon le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi. Il a toutefois qualifié ces discussions de bon début lors d'entretiens téléphoniques avec des homologues régionaux. Les États-Unis exigent un accord plus large, incluant la limitation des capacités balistiques et l'arrêt du soutien à des groupes armés hostiles à Israël.

Appel à la résilience du guide suprême

Confronté à l'un de ses plus grands défis, le guide suprême Ali Khamenei a appelé les Iraniens à faire preuve de résilience à l'occasion de l'anniversaire de la Révolution islamique. La puissance d'une nation ne réside pas tant dans ses missiles et ses avions que dans la volonté et la résilience de son peuple, a-t-il souligné, enjoignant de déjouer les plans de l'ennemi. Ce message de fermeté intervient alors que le pouvoir accentue la pression sur les dissidents.

Malgré les divergences, le président américain Donald Trump s'est félicité de très bonnes discussions, qui devraient se poursuivre. Ali Larijani, secrétaire de la plus haute instance de sécurité iranienne, est attendu mardi à Oman pour aborder les derniers développements régionaux et internationaux, illustrant la complexité de ce double jeu entre répression interne et ouverture nucléaire.