L'obsession tarifaire de Donald Trump face à la justice américaine
Le président américain Donald Trump vient de subir un revers significatif de la part de la Cour suprême, pourtant à majorité conservatrice, concernant ses droits de douane. Fidèle à sa réputation, il a immédiatement contre-attaqué en annonçant de nouveaux droits mondiaux de 10%. Selon Desmond Lachman, chercheur à l'American Enterprise Institute, cette réaction pourrait constituer une grave erreur politique.
Une occasion manquée selon les experts
"On aurait pu penser qu'une personne rationnelle saisirait cette porte de sortie", déclare à L'Express cet ancien directeur adjoint du FMI. "Les droits de douane ne sont pas populaires, il a des élections de mi-mandat à gérer, et il a un problème de pouvoir d'achat que ces droits aggravent". Pour l'économiste, Trump a laissé passer "le plus beau cadeau politique de sa vie" en refusant d'accepter la décision de la plus haute juridiction des États-Unis.
Les conséquences économiques immédiates
La situation créée par cette obstination tarifaire est particulièrement préoccupante :
- L'administration a collecté 130 milliards de dollars grâce à des droits de douane désormais jugés invalides
- Les entreprises peuvent demander le remboursement, créant un véritable casse-tête administratif
- FedEx poursuit déjà le gouvernement pour ces remboursements
- Le retrait de ces revenus aggraverait le déficit budgétaire déjà problématique
Un climat d'incertitude économique
Donald Trump s'appuie désormais sur l'article 232 de la loi de 1962 sur la sécurité nationale pour imposer des droits sur six produits différents, dont les batteries. "C'est vraiment le chaos", analyse Lachman. "Le problème, c'est que cela fait des États-Unis un partenaire économique peu fiable", ce qui est particulièrement dangereux pour un pays dépendant des financements étrangers pour combler ses déficits.
Les échecs des politiques tarifaires
Moins d'un an après leur instauration, les droits de douane de Trump peuvent déjà être qualifiés d'"énorme erreur" selon l'expert :
- Le déficit commercial américain est resté autour de 900 milliards de dollars
- Les États-Unis ont perdu 50 000 emplois dans le secteur manufacturier
- La croissance est passée de 2,8% en 2024 à 2,4%
- Les ménages et entreprises paient 92% des coûts liés à ces droits
La réaction inquiétante face aux institutions
La Cour suprême a clairement précisé que les droits de douane sont des taxes nécessitant l'accord du Congrès. "Sa réaction est vraiment inquiétante", note Lachman. "Il remet en cause une institution qui est censée le contrôler et critique en des termes très crus les juges qu'il a nommés". Cette attitude n'augure rien de bon pour l'équilibre des pouvoirs.
Les risques politiques pour les élections de mi-mandat
La question du pouvoir d'achat pourrait être déterminante lors des prochaines élections. "D'ici les élections de mi-mandat, les prix seront en moyenne 6% plus élevés qu'au moment où Donald Trump a pris ses fonctions", prévient l'économiste. Les démocrates pourraient facilement pointer un vrai problème de pouvoir d'achat, annonçant un échec retentissant pour le président sortant.
Le silence des milieux économiques
Un phénomène notable est le silence relatif des chefs d'entreprise. "Le problème à l'ère Trump, c'est que beaucoup d'entreprises et beaucoup de gens en ont peur", explique Lachman. "C'est un président qui pratique la vengeance", ce qui dissuade les critiques ouvertes même lorsque les politiques sont considérées comme dangereuses.
La seule force capable de faire reculer Trump
Selon l'analyste, une seule puissance pourrait contraindre Trump à renoncer : les marchés financiers. "Le marché obligataire ne peut pas être 'battu aux primaires'", rappelle-t-il. Lorsque les marchés ont réagi négativement le 2 avril 2025, le président a dû reculer. Une nouvelle crise de confiance pourrait l'obliger à changer de cap, mais le calendrier reste incertain.
Un entourage complaisant
La grande différence avec sa première administration réside dans son entourage. "Il s'est cette fois entouré de gens qui lui disent ce qu'il veut entendre", constate Lachman. Des personnages comme Howard Lutnick sont qualifiés de "béni-oui-oui", contrairement à des conseillers plus indépendants comme Gary Cohn qui n'hésitait pas à démissionner en cas de désaccord.
La situation économique globale reste précaire avec un déficit budgétaire représentant 6% du PIB et une dépendance critique aux financements étrangers. "Donald Trump joue donc un jeu très dangereux", conclut l'économiste, créant un climat d'incertitude qui pourrait finalement se retourner contre lui, que ce soit par la réaction des marchés ou par le verdict des urnes.



