Une rébellion républicaine contre la politique commerciale de Trump
Dans un geste de défiance rare, plusieurs élus républicains de la Chambre des représentants américaine ont voté mercredi 11 février pour l'abrogation des droits de douane imposés sur les produits canadiens. Cette décision constitue un revers symbolique pour le président Donald Trump, qui a immédiatement menacé les parlementaires rebelles de représailles électorales.
Un vote à portée principalement symbolique
Le texte adopté par la Chambre doit désormais être approuvé par le Sénat, mais même en cas d'adoption, il fera assurément l'objet d'un veto présidentiel. Seul un nouveau vote au Congrès avec une majorité des deux tiers permettrait de contourner ce veto, une perspective quasi impossible étant donné la majorité républicaine dans les deux chambres. La résolution a donc une portée avant tout politique et symbolique.
Pendant le scrutin, Donald Trump a averti sur sa plateforme Truth Social que les élus de son camp votant contre ses droits de douane « en subiront les conséquences au moment des élections, y compris des primaires ». Le président a ajouté : « Les droits de douane nous ont donné une sécurité économique et nationale, et aucun républicain ne devrait être responsable de la destruction de ce privilège. »
Six républicains rejoignent les démocrates
Malgré ces menaces, six députés de la majorité républicaine ont rejoint les démocrates pour mettre fin à l'état d'urgence décrété par le président en février 2025. Cet état d'urgence avait permis à Donald Trump d'imposer des droits de douane sur les produits importés du Canada sans l'approbation préalable du Congrès.
Des divisions internes sur le libre-échange
Le vote est intervenu après l'expiration d'une mesure qui interdisait tout scrutin sur cette question des droits de douane. Le chef républicain de la Chambre, Mike Johnson, avait tenté jusqu'à mardi soir de prolonger cette mesure, mais sans succès.
De nombreux élus républicains, partisans du libre-échange, désapprouvent plus ou moins publiquement la politique protectionniste de Donald Trump. Ils rappellent que c'est le Congrès, et non le président, qui détient le pouvoir constitutionnel d'imposer des droits de douane.
Le représentant républicain Don Bacon a réaffirmé cette prérogative législative en déclarant : « Nous ne pouvons pas et nous ne devons pas délocaliser nos responsabilités. » Sur le réseau social X, il a ajouté avant de voter pour l'abrogation : « En tant que conservateur vieux jeu, je sais que les droits de douane sont une taxe sur les consommateurs américains. »
L'impact sur les relations avec le Canada
Le Canada, comme de nombreux alliés des États-Unis, a été touché par des vagues successives de droits de douane décidées par Donald Trump depuis son retour au pouvoir en janvier 2025. Le président américain avait initialement décrété des surtaxes de 35 % à l'importation sur de nombreux produits canadiens l'an dernier.
Cependant, il avait par la suite réduit ce taux pour les importations d'énergie et créé de larges exemptions pour les biens entrant dans le cadre de l'accord ACEUM de libre-échange entre les États-Unis, le Canada et le Mexique. Grâce à cet accord, plus de 85 % des échanges commerciaux entre les deux pays sont restés exemptés de droits de douane.
Cette rébellion parlementaire illustre les tensions croissantes au sein du Parti républicain concernant la politique commerciale de Donald Trump, alors que le président continue de faire des droits de douane la pierre angulaire de sa stratégie économique.