Le ministre de la Santé américain confronté à un isolement croissant
Robert Kennedy Jr., le ministre de la Santé américain, traverse une période particulièrement difficile. Son mouvement Maha - Make America Healthy Again - directement inspiré du trumpisme mais avec une forte coloration antivaccin, se retrouve progressivement abandonné par ses propres collègues républicains. La situation s'est considérablement aggravée le 16 mars dernier lorsque la justice américaine a déclaré illégales deux décisions majeures du ministre.
Deux décisions clés annulées par les tribunaux
Les juges ont invalidé la réduction drastique du nombre de vaccins recommandés pour les enfants ainsi que le limogeage puis le remplacement précipité de l'ensemble des membres d'un comité consultatif chargé des questions vaccinales. Ces décisions représentaient pourtant des éléments centraux de la politique de santé publique défendue par Robert Kennedy Jr.
Ce qui surprend particulièrement les observateurs, c'est le silence inhabituel de Donald Trump face à ces revers judiciaires. Le président américain, connu pour ses réactions immédiates et combatives face aux décisions de justice qui le contrarient, n'a toujours pas fait appel de ce jugement. Cette discrétion soudaine intrigue profondément les fidèles du ministre de la Santé et les analystes politiques.
Un silence présidentiel qui interroge
Sara Rosenbaum, professeure de droit à l'Université George Washington et ancienne membre du comité sur les vaccins, exprime son étonnement devant les journalistes de Reuters. Elle rappelle que dans d'autres dossiers, l'administration Trump réagissait "au quart de tour, déposant son appel avant même que l'encre ne soit sèche". En témoigne la réaction rapide du 31 mars, où l'exécutif n'a mis que quelques heures pour contester la décision d'un juge bloquant la construction d'une salle de bal à la Maison-Blanche.
Le département de la Justice n'a pas non plus demandé la suspension de l'exécution du jugement concernant les vaccins, une tactique pourtant utilisée dans d'autres affaires. Cette accalmie judiciaire ne semble pas fortuite mais répondrait à une stratégie politique précise.
La stratégie électorale prime sur les convictions
L'objectif principal serait de tenir jusqu'aux élections de mi-mandat de novembre. Donald Trump, dont la cote de popularité est en berne, ne peut se permettre de faire campagne aux côtés de son controversé ministre de la Santé, surtout si ce dernier se trouve au cœur de nouvelles polémiques. Le pays peine encore à se remettre d'une épidémie de variole aggravée par la croisade antivaccin de Robert Kennedy Jr.
Une ancienne consultante politique des républicains confie à Reuters : "Ils devraient accepter ce blocage et passer à autre chose". Cette consigne de discrétion semble être suivie à la lettre par l'administration, au grand dam des plus fervents soutiens du ministre.
Des tensions au sein du parti républicain
Dans les rangs du parti, plusieurs cadres s'agitent pour contrer l'influence du mouvement Maha. Deux sénatrices ont récemment tenté de bloquer la nomination de Casy Means, une fidèle de Robert Kennedy Jr., au poste d'administratrice de la santé publique. Populaire auprès de la base électorale du ministre, Casy Means entretient le flou sur ses positions vaccinales, se contentant d'assurer qu'elle ne "compliquerait pas les choses" lors de son audition au Sénat.
Ces attaques viseraient moins la candidate elle-même que le ministre de la Santé. Une source confie à CNN : "Leur seul moyen de pression [contre lui] consiste à tenter de bloquer ces nominations, ou du moins de les ralentir". Ces efforts semblent porter leurs fruits puisque Donald Trump a confirmé le 29 mars qu'un rétropédalage concernant la candidature de Casy Means "serait envisageable", ajoutant que "nous avons assurément beaucoup d'excellents candidats pour ce poste".
L'équilibre délicat des élections de mi-mandat
Le parti républicain se trouve face à un dilemme complexe. S'il souhaite conserver sa très mince majorité lors des élections de mi-mandat, il ne peut se passer des soutiens du mouvement Maha, dont les voix ont été décisives pour le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en 2024. Cette base électorale a cependant été sérieusement bousculée cette année.
D'abord par le soutien du président à une entreprise de pesticides que l'entourage de Kennedy Jr. jugeait néfaste pour la santé. Ensuite par le rejet par l'opinion publique de la politique vaccinale du ministre, qui détenait pourtant autrefois le titre de membre le plus populaire du gouvernement.
Une possible réorientation de la politique de santé
Alors que la possibilité de faire appel concernant le remplacement des membres du comité sur les vaccins est toujours étudiée, certains républicains militent pour reformer l'instance en suivant les exigences de la justice. La démission du docteur Robert Malone, qui a qualifié le comité de "désastre", est perçue par plusieurs élus comme l'occasion de clôturer définitivement ce chapitre douloureux.
Abandonner la refonte de cette instance permettrait également de réorienter les discussions sur la politique de santé pendant la campagne électorale. L'exécutif préfère désormais mettre en avant des sujets plus consensuels comme l'alimentation saine, plutôt que les questions vaccinales qui divisent profondément.
La résistance des militants antivaccin
Cette stratégie ne satisfait pas les plus fidèles de Robert Kennedy Jr. Mary Holland, numéro deux de Children's Health Defense, un groupe de militants antivaccin fondé par le ministre, prévient : "Nous ne laisserons pas cela passer". Ce groupe ne baisse pas les bras et a déjà fait appel de la décision du juge l'excluant de l'affaire, annonçant qu'il contesterait également le jugement relatif au comité sur les vaccins.
Le paysage politique américain se trouve ainsi à un tournant décisif, où les convictions personnelles du ministre de la Santé se heurtent aux réalités électorales et aux décisions de justice, créant des tensions croissantes au sein même du parti au pouvoir.



