Trump contre Trump : le revirement guerrier qui divise l'Amérique
Le revirement guerrier de Trump divise l'Amérique

De la promesse de paix à l'opération « Fureur épique »

« Notre président va déclencher une guerre avec l’Iran car il n’a absolument aucune capacité à négocier. Il est faible et inefficace. » Ces mots, prononcés en 2011, étaient ceux de Donald Trump visant Barack Obama dans une vidéo depuis effacée, où il accusait son prédécesseur de jouer les va-t-en-guerre pour se faire réélire.

En 2016, candidat à la présidence, Donald Trump dénonçait vigoureusement l'interventionnisme néoconservateur des années Bush-Cheney-Rumsfeld, qualifiant les changements de régime de « total et absolu échec ». Sa promesse était claire et répétée : « pas de nouvelle guerre. »

Dix ans après ses critiques envers Obama, le 28 février, le président Trump a pourtant engagé les forces américaines dans l'opération « Fureur épique » contre l'Iran, aux côtés d'Israël. Cette intervention a conduit à l'élimination de l'ayatollah Khamenei et s'est accompagnée d'un appel aux « patriotes iraniens à reprendre leur pays ».

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une Amérique profondément divisée

Les Américains apparaissent fracturés face à cette escalade militaire. Selon une demi-douzaine de sondages récents, près de 6 citoyens sur 10 s'opposent à cette opération, redoutant qu'elle ne se transforme en conflit prolongé et ne provoque une flambée des prix de l'énergie. Un pari risqué pour Donald Trump, à seulement huit mois des élections de mi-mandat qui s'annoncent déjà difficiles pour le parti républicain.

Les chiffres reflètent fidèlement la cote de popularité du président. L'étude SSRS pour CNN révèle que 59% des Américains rejettent l'action contre l'Iran, contre 41% qui la soutiennent, avec des clivages partisans attendus : 82% des démocrates sont opposés, tandis que 77% des républicains sont favorables.

Le rôle crucial des indépendants

Ce sont les électeurs indépendants – représentant désormais près d'un Américain sur deux – qui jouent les arbitres décisifs. Parmi eux, 68% s'opposent à l'opération « Fureur épique ». Ces citoyens qui ne se réclament d'aucun parti sont traditionnellement ceux qui font pencher la balance lors des scrutins serrés.

Alors que Donald Trump n'a pas exclu le déploiement de troupes terrestres « si cela s'avérait nécessaire », seuls 12% des Américains y sont favorables. Une majorité de 60% s'y oppose fermement, et 28% restent incertains.

La base républicaine entre soutien et déchirement

Sur le papier, Donald Trump peut encore compter sur sa base la plus fidèle. Les républicains « Maga » (Make America Great Again) sont 30 points plus susceptibles que les conservateurs traditionnels de déclarer soutenir « fortement » la décision de leur commandant en chef.

L'influenceuse d'extrême droite Laura Loomer a ainsi téléphoné à Donald Trump pour le « féliciter pour une nouvelle mission de combat réussie ayant éliminé l'un des terroristes islamistes les plus maléfiques du monde ». Elle l'a même encouragé à aller plus loin en « expulsant tous les musulmans d'Amérique ».

Mais comme lors des précédentes opérations contre les installations nucléaires iraniennes ou contre le Venezuela, le camp Maga se déchire. Les explications fluctuantes de Donald Trump et de son conseiller Pete Hegseth n'ont rien arrangé.

Une communication confuse et des critiques acerbes

« On nous a expliqué que, même si nous avons éliminé tout le régime iranien, il ne s'agissait pas d'une guerre de changement de régime. Et même si nous avions anéanti leur programme nucléaire, nous avons dû le faire à cause de leur programme nucléaire. Et que même si l'Iran ne préparait aucune attaque contre les États-Unis, il se pourrait aussi qu'une attaque ait été en préparation. La communication est, pour le dire sobrement, confuse », attaque l'influenceur conservateur Matt Walsh, qui compte 4 millions de followers.

La porte-parole de la Maison-Blanche a rappelé les cinq objectifs officiels : détruire les missiles du régime iranien, anéantir sa marine, empêcher ses proxies terroristes de déstabiliser la région, les stopper dans la fabrication d'engins explosifs improvisés, et garantir que l'Iran n'obtienne jamais l'arme nucléaire.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Le sentiment d'une guerre menée pour Israël

C'est surtout la perception que les États-Unis n'ont fait que suivre Israël qui cristallise les critiques au sein de la famille « America first ». Le secrétaire d'État Marco Rubio a justifié cette guerre préventive devant des journalistes au Congrès : « Nous savions qu'Israël allait passer à l'action. Nous savions que cela précipiterait une attaque contre les forces américaines, et nous savions que si nous ne les attaquions pas préventivement, nous subirions des pertes plus importantes. »

« C'est une guerre d'agression menée pour Israël. Trump, Vance et Rubio nous ont trahis », dénonce Nick Fuentes, figure controversée de l'extrême droite. L'ancienne élue Marjorie Taylor Greene abonde : « Nous sommes désormais une nation divisée entre ceux qui veulent mener des guerres pour Israël et ceux qui veulent simplement la paix et pouvoir payer leurs factures. »

Premiers coûts humains et craintes sécuritaires

Le conflit a déjà coûté la vie à six soldats américains, selon l'annonce faite lundi par le Pentagone. Le Washington Post rapporte qu'ils étaient stationnés sur une base américaine au Koweït touchée par un missile iranien non intercepté à temps.

Les autorités redoutent désormais des actes de terrorisme sur le sol américain. À Austin, au Texas, un immigré d'origine sénégalaise ayant exprimé des « opinions pro-régime iranien » sur les réseaux sociaux a ouvert le feu près d'un bar dans la nuit de samedi à dimanche, faisant trois morts et quatorze blessés.

Un pari politique risqué à huit mois des midterms

Quelles retombées politiques ce conflit avec l'Iran – qui pourrait durer « quatre à cinq semaines » selon Donald Trump – aura-t-il pour le président américain ? Doug Heye, ancien porte-parole du parti républicain, estime qu'il est « trop tôt » pour se prononcer. « Mais comme d'habitude, si cela se passe bien, Donald Trump en récoltera le mérite. Si cela se passe mal, il en portera la responsabilité. »

Pour l'instant, le « vendeur en chef » des États-Unis semble avoir négligé de convaincre l'opinion publique. « Il n'a pas formulé d'objectif clair ni convaincant pour sa guerre contre l'Iran. Il a avancé toute une série de raisons, parfois contradictoires », analyse Brett Bruen, ancien du Conseil de sécurité nationale sous Obama.

« Quand on tient compte de son impopularité actuelle, notamment sur le plan économique, cela semble être une décision politique stupide. On gagne rarement une élection sur la politique étrangère, mais on peut certainement en perdre une, comme on l'a vu avec l'Irak », conclut l'expert, rappelant les leçons de l'histoire récente.