Affaire Epstein : des documents manquants sur Trump relancent la polémique
Epstein : documents manquants sur Trump relancent la polémique

L'affaire Epstein continue de hanter Donald Trump

Près d'un mois après la publication massive de documents liés au scandale sexuel Jeffrey Epstein, l'ancien président américain Donald Trump demeure fragilisé par ses anciens liens avec le pédocriminel, décédé en prison en 2019. La révélation de documents manquants spécifiquement liés au républicain vient raviver une polémique qui ne cesse de prendre de l'ampleur.

Des pages cruciales absentes des archives publiques

Mardi 24 février, la radio NPR a dévoilé une information explosive : plusieurs dizaines de documents concernant l'actuel locataire de la Maison-Blanche ne figuraient pas dans les fichiers mis en ligne par le ministère de la Justice américain. Selon les investigations de la radio publique, ce sont exactement 53 pages liées à Donald Trump qui manqueraient à l'appel parmi les millions de documents publiés.

Parmi ces fichiers absents se trouvent trois des quatre entretiens menés par le FBI avec une victime du couple Epstein/Maxwell. Cette dernière, qui affirme avoir été abusée à plusieurs reprises par le prédateur sexuel, a nommément cité le président américain dans une plainte déposée en 2019. Selon son témoignage, dans les années 80, alors qu'elle était une jeune adolescente, elle aurait été présentée à Donald Trump par Jeffrey Epstein lui-même.

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Des accusations graves

Dans sa plainte, consultée par NPR, la victime décrit des faits particulièrement graves : "Le républicain l'aurait ensuite forcée à baisser la tête vers son pénis exposé, qu'elle aurait mordu. En réponse, Trump l'aurait frappée à la tête et l'aurait mise à la porte." Ces allégations, si elles étaient confirmées, représenteraient un tournant majeur dans l'affaire Epstein.

Une enquête incomplète et des documents expurgés

Sur l'ensemble des entretiens menés par le FBI sur ce point précis de l'enquête, seul le premier échange entre les agents fédéraux et cette accusatrice a été mis en ligne fin janvier. Durant cette discussion initiale, la femme ne prononce pas explicitement le nom de Donald Trump, ce qui rend les entretiens manquants d'autant plus cruciaux.

Le journaliste indépendant Roger Sollenberger a également démontré que les notes des fonctionnaires du FBI accompagnant trois de ces entretiens ont elles aussi été expurgées des dossiers Epstein rendus publics. Cette double disparition - entretiens et notes d'enquêteurs - soulève de sérieuses questions sur la transparence du processus.

Parmi les fichiers effectivement mis en ligne, un diaporama réalisé par l'agence fédérale sur de possibles "personnalités importantes" impliquées dans l'affaire fait toutefois état d'accusations similaires. Une liste interne des signalements émis à l'encontre du président américain mentionne également des faits semblables, bien que ce document doive être pris avec prudence car il comporterait principalement des accusations jugées farfelues par le FBI.

Des fichiers retirés puis restaurés

Au-delà du cas spécifique de cette femme, NPR et CNN relèvent un phénomène troublant : de nombreux fichiers d'abord mis en ligne par le ministère de la Justice fin janvier ont été retirés avant d'être de nouveau rendus accessibles. Plusieurs de ces documents citent en particulier la rencontre de Donald Trump avec une autre jeune fille de 13 ans par l'entremise de Jeffrey Epstein.

Cette victime du criminel sexuel aurait été présentée par Epstein au républicain dans sa résidence de Mar-a-Lago. "Epstein a dit à Trump : 'C'est une bonne, hein ?'", est-il rapporté dans le compte rendu d'un de ces entretiens. D'après les éléments consultés par les médias, le président américain n'est cependant pas mis en cause par cette femme pour une inconduite sexuelle à son égard. Mais ces révélations sèment le trouble sur l'ampleur de sa connaissance des agissements criminels de Jeffrey Epstein.

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Les dénégations de Trump face à des preuves accablantes

Donald Trump a toujours nié avec force avoir été au courant des viols et agressions sexuelles commis par le financier. "Dans cette affaire, j'ai été totalement exonéré", a-t-il répété le 16 février dernier. Malgré ses dénégations répétées, son ancienne proximité avec Jeffrey Epstein continue de le poursuivre implacablement.

En novembre dernier, plusieurs e-mails révélés par des élus démocrates avaient déjà mis à mal sa version des faits. Ces messages, obtenus par l'intermédiaire des légataires de l'homme d'affaires américain, contenaient des déclarations accablantes. "Bien sûr, il savait à propos des filles, comme il a demandé à Ghislaine d'arrêter", assurait Jeffrey Epstein dans un courriel de 2019 concernant Donald Trump.

Un autre message du criminel sexuel précisait que le président américain avait "passé plusieurs heures" avec une de ses victimes dans son domicile. Face à ces allégations, l'intéressé les avait rejetées d'un revers de la main, évoquant un "canular" de l'opposition démocrate destiné à lui causer du tort.

La colère de l'opposition et les tentatives de déminage

Les dernières évolutions ne sont certainement pas favorables à Donald Trump, qui peine manifestement à s'extirper du scandale Epstein. Alors que le Congrès a voté une loi pour obliger la justice américaine à publier l'intégralité des dossiers Epstein, l'absence de ces documents sensibles liés au dirigeant américain provoque la colère de l'opposition.

Le représentant démocrate Robert Garcia a réagi avec virulence : "Le fait que le ministère de la Justice supprime des documents alléguant que le président Trump a commis des abus sexuels sur une victime mineure ne fait que renforcer mes sincères inquiétudes quant à une tentative de dissimulation de la part de la Maison-Blanche."

Face à cette polémique montante outre-Atlantique, la présidence américaine tente tant bien que mal de déminer les accusations. Une des porte-parole de la Maison-Blanche, Abigail Jackson, a déclaré mercredi 25 février que le milliardaire républicain avait été "totalement exonéré de quoi que ce soit relatif à l'affaire Epstein".

Le ministère de la Justice sous pression

Le DoJ a finalement fait un pas pour apaiser la situation grandissante. Dans un communiqué publié ce jeudi, le ministère assure : "Comme pour tous les documents qui ont été signalés, le ministère passe actuellement en revue les fichiers appartenant à cette catégorie. Si un document s'avère avoir été mal classé lors du processus d'examen, et qu'il répond aux critères de la loi, le ministère le publiera, bien sûr."

Cette déclaration, bien que rassurante en apparence, ne suffit pas à calmer les esprits. Les questions persistent : pourquoi ces 53 pages spécifiques à Donald Trump ont-elles été omises ? S'agit-il d'une erreur de classement ou d'une volonté délibérée de protéger le président ? Les prochains jours devraient apporter des éléments de réponse, mais une chose est certaine : l'affaire Epstein est loin d'avoir livré tous ses secrets, et Donald Trump en reste l'une des figures les plus exposées.