Le Projet de Loi sur les Pouvoirs de Guerre Enterré par l'Opération Militaire
Le vote crucial sur le projet de Loi sur les pouvoirs de guerre, qui devait avoir lieu la semaine prochaine, est désormais impossible. Les démocrates avaient imposé son examen au Sénat mardi et à la Chambre des représentants jeudi, visant à contraindre l'autorité présidentielle pour déclarer un conflit. Dans un Congrès dominé par les républicains, son passage semblait déjà difficile, mais l'opération militaire « Fureur Épique » déclenchée ce samedi contre Téhéran a scellé son sort.
Les Élus Absents, le Débat Migre sur les Réseaux Sociaux
Rentrés dans leurs districts pour le week-end, les élus sont absents de Washington du vendredi au lundi. Les joutes politiques sur les frappes en Iran se déroulent donc principalement sur la plateforme X. Ruben Gallego, représentant démocrate de l'Arizona, fut l'un des premiers à réagir : « J'ai perdu des amis en Irak à cause d'une guerre illégale », a-t-il déclaré, faisant référence à l'argument des Armes de Destruction Massive avancé pour justifier la Guerre du Golfe en 2003.
Il a ajouté : « Les jeunes de la classe ouvrière ne devraient pas payer le prix ultime pour un changement de régime et une guerre qui n'a été ni expliquée, ni justifiée devant le peuple américain. Nous pouvons soutenir le mouvement démocratique et le peuple iranien sans envoyer nos troupes à la mort. »
Les Démocrates Dénoncent un Scénario Connu
Mark Warner, sénateur démocrate de Virginie, a dénoncé le risque « d'entraîner les États-Unis dans un nouveau conflit de grande ampleur au Proche-Orient ». Il a rappelé l'impact de la guerre en Irak : « Le peuple américain a déjà vu ce scénario : des déclarations d'urgence, des renseignements déformés et une action militaire qui entraîne les États-Unis dans un changement de régime et une reconstruction nationale longue et coûteuse. »
Warner a cité le président Trump, qui a récemment admis que « la vie de courageux héros américains pourrait être perdue et nous pourrions avoir des victimes. Cela arrive souvent en temps de guerre, mais nous agissons ainsi pour l'avenir. » Le démocrate a rappelé que, selon la Constitution, seul le Congrès peut décider d'une entrée en guerre.
Une « Guerre de Choix sans Objectif Stratégique Final »
Jim Himes, numéro deux de la commission des renseignements de la Chambre des représentants, a qualifié l'intervention en Iran de « guerre de choix sans objectif stratégique final » et assuré qu'il voterait en faveur de la résolution limitant les pouvoirs présidentiels. Les représentants démocrates souhaitaient que le président de la Chambre, Mike Johnson, les rappelle dès lundi pour en débattre, mais ce dernier a refusé.
Les démocrates du Sénat ont eu les mêmes réactions. Chuck Schumer, chef de la minorité démocrate au Sénat, avait déclaré mardi : « C'est une affaire sérieuse, le gouvernement doit convaincre les Américains. » Ce samedi, il a écrit que « les cycles d'escalade erratiques du président Trump et le risque d'un conflit qui s'étend ne constituent pas une stratégie viable. »
Les Raisons Floues d'une Intervention
Les raisons d'une éventuelle intervention en Iran ont toujours été floues et multiples, comme celles de l'opération menée en janvier au Venezuela pour laquelle Trump avait évoqué le trafic de fentanyl, des sanctions sur le pétrole, et le régime de Nicolas Maduro. Concernant l'Iran, il a cité la menace nucléaire, la défense d'Israël et un changement de régime – une approche qu'il avait pourtant rejetée avec le mouvement MAGA.
Comme pour le Venezuela, le déploiement militaire américain dans la région était une indication que les frappes étaient inévitables. Steve Witkoff, envoyé spécial pour l'Iran, avait assuré que le régime iranien était proche de détenir l'arme nucléaire. Or après l'opération « Midnight Hammer » de juin 2025, les installations nucléaires iraniennes étaient censées être « annihilées ».
Les Républicains Se Rangent Derrière la Maison-Blanche
Les élus républicains se sont massivement rangés derrière la Maison-Blanche. Rick Crawford, président de la commission des renseignements de la Chambre des représentants, a écrit : « Avant le lancement de cette action, et dans le cadre de véritables négociations diplomatiques avec l'Iran, le président Trump a été très clair dès le départ quant à sa ligne rouge et à ses attentes vis-à-vis de l'Iran. On ne peut absolument pas permettre que l'Iran conserve l'arme nucléaire… La sécurité des Américains et de leurs alliés est en jeu. »
Le sénateur John Barrasso, numéro deux des républicains au Sénat, a « applaudi le président Trump pour son action décisive visant à en terminer avec le régime terroriste diabolique en Iran ». Il a repris l'expression prononcée par le président américain lors de son discours sur l'état de l'Union : « C'est la paix par la force. »
Trump, Nouvelle Référence en Politique Étrangère Républicaine
Le renoncement à l'aversion traditionnelle des républicains pour la guerre est résumé dans cette déclaration de Lindsey Graham, sénateur de Caroline du Sud : « La référence absolue en matière de politique étrangère républicaine n'est plus Ronald Reagan, mais Donald J. Trump… Une nouvelle ère se lève au Proche-Orient… Le vaisseau amiral du terrorisme est sur le point de sombrer. »
Il avait exhorté Trump à tenir sa promesse d'attaquer après que le régime iranien eut tué des milliers de manifestants. Cette position de « faucon », que la base MAGA est censée détester, a été reprise par Roger Wicker, le président de la Commission des forces armées, qui a estimé que l'opération représentait « un tournant », « nécessaire pour protéger les Américains et les intérêts américains ».
Quelques Dissidents des Deux Côtés
Les entorses aux positions partisanes sont venues des dissidents habituels. Côté démocrate, le sénateur John Fetterman de Pennsylvanie, connu pour ses vues pro-Israël, a tweeté : « Le président Trump s'est montré prêt à faire ce qui est juste et nécessaire pour instaurer une paix véritable dans la région. Dieu bénisse les États-Unis, notre formidable armée et Israël. » Il s'opposera à la résolution des démocrates.
Côté républicain, Thomas Massie du Kentucky a écrit : « Je suis opposé à cette Guerre. Ce n'est pas 'l'Amérique d'abord'. » Il a répété qu'il insisterait pour que le vote ait lieu. Rand Paul, sénateur libertarien du Kentucky, a rappelé : « La Constitution a conféré au Congrès le pouvoir de déclarer ou d'engager la guerre pour une raison précise : réduire les risques de guerre. »
Trump Toujours Suivi par sa Base
À quelques mois des élections de mi-mandat, l'opération semble risquée pour Trump, dont les sondages sont au plus bas. L'une de ses promesses majeures était de ne pas entraîner les États-Unis dans des « guerres sans fin ». Mais selon un sondage Politico, 65 % de ses électeurs approuvaient une intervention sur « au moins l'une de ces cibles » : l'Iran, le Mexique, la Colombie, Cuba, le Nigeria, la Chine ou le Groenland.
Ils étaient 50 % à approuver une opération en Iran – 61 % chez les « républicains MAGA » – contre 18 % des électeurs de Kamala Harris. Ces derniers sont par ailleurs 66 % à trouver qu'il s'intéresse trop aux affaires étrangères, au détriment de la politique intérieure. Opinion que seuls 26 % des électeurs de Trump partagent. Ce retournement prouve que le président est suivi par sa base, coûte que coûte.



