Propagande iranienne à Paris : l'influence du régime sur les réseaux sociaux français
Les images ont été méticuleusement sélectionnées et montées au ralenti sur un fond de musique religieuse chiite. Sur la célèbre place de la République, au cœur de Paris, on peut voir flotter d'immenses drapeaux de l'actuel régime de la République islamique d'Iran. De jeunes militants sont filmés portant fièrement des portraits des deux guides suprêmes iraniens, Rouhollah Khomeyni, décédé en 1989, et Ali Khamenei, tué le samedi 28 février 2026 dans des attaques conjointes menées par Israël et les États-Unis contre l'Iran.
Une vidéo virale intitulée "Paris supports Iran"
Datée du 1er mars 2026, la vidéo, intitulée "Paris supports Iran" (Paris soutient l'Iran en français), est largement partagée sur les réseaux sociaux de Shahin Hazamy. Cet influenceur franco-iranien se présente comme un "journaliste indépendant" et compte plus de 630 000 abonnés sur Instagram et TikTok. Le jeune homme, qui s'est initialement fait connaître en dénonçant les violences policières sur les plateformes numériques, a progressivement glissé vers un militantisme plus radical et ouvertement prorégime iranien.
Le 1er mars, il poste par exemple un portrait d'Ali Khamenei qu'il présente comme un "martyr tombé suite à l'agression américano-sioniste". Il diffuse également des vidéos reprenant sans ambiguïté la propagande officielle de la République islamique. Shahin Hazamy affiche publiquement son soutien à Mahdieh Esfandiari, une Iranienne de 39 ans condamnée fin février par la justice française à quatre ans de prison, dont un an ferme, et à une interdiction définitive du territoire français pour apologie du terrorisme.
Le cas de Mahdieh Esfandiari et les connexions extrémistes
La trentenaire est notamment accusée d'avoir alimenté, entre 2023 et 2024, des comptes pro-iraniens sur les réseaux sociaux et sur le site Egalité et réconciliation du militant d'extrême droite Alain Soral. Elle aurait fait, entre autres, l'apologie de l'attaque du 7 octobre en Israël par le Hamas. Ses avocats ont formellement fait appel de cette décision judiciaire.
Les éléments de langage du régime iranien
Au-delà de ces influenceurs dont les messages diffusent subtilement l'argumentaire prorégime, la République islamique d'Iran a, depuis les années 1980, tissé sa toile sur le territoire français. "Depuis plus de 40 ans, par le biais de son ambassade en France, l'Iran tente de recruter des agents d'influence parmi les intellectuels, les professeurs, les étudiants et les personnalités politiques", explique Matthieu Ghadiri, ancien agent du contre-espionnage français.
Pendant de nombreuses années, cet homme a infiltré les services de renseignement de Téhéran et connaît parfaitement leurs méthodes. "Le but est de diffuser les éléments de langage du régime. En répétant par exemple que si la République islamique tombe, ce serait le chaos dans toute la région, ou que les manifestations de janvier ne sont que le résultat des sanctions économiques mises en place par les États-Unis", décrit-il avec précision. Cette stratégie d'influence vise à façonner l'opinion publique française et à légitimer les actions du régime iranien à l'international.



