Une étude suédoise révèle les profils des espions condamnés en Europe
Profils des espions en Europe : une étude suédoise dévoile la réalité

Une étude suédoise plonge dans l'univers des espions condamnés en Europe

C’est un exercice fascinant et inédit qu’ont mené trois chercheuses pour le compte des services secrets et de l’armée suédoise. Elles ont analysé la personnalité de 70 individus reconnus coupables d’espionnage en Europe entre 2008 et 2024, couvrant 20 pays membres de l’Union européenne ou de l’OTAN, à l’exception notable de la Turquie. Leur objectif était clair : comprendre la diversité des profils pour mieux contrer cette menace persistante.

Une méthodologie rigoureuse pour cerner une réalité complexe

Dans leur rapport intitulé « Des espions parmi nous », les auteurs ont pris soin d’exclure les espions étrangers opérant sous couverture diplomatique et expulsés, comme les centaines de « diplomates » russes chassés de l’UE depuis le début de la guerre en Ukraine. Ils ont également écarté les affaires encore en instruction et les dossiers où les enquêtes de personnalité étaient inaccessibles. Leur focus s’est porté prioritairement sur les espions ayant trahi leur pays au profit d’une puissance étrangère, laissant de côté les hackers de cybercriminalité, dont les motivations diffèrent souvent de celles des espions plus traditionnels. Les chercheuses reconnaissent ainsi n’observer que la « pointe de l’iceberg », cartographiant uniquement ce qui est détecté, poursuivi et condamné.

Géographie et affiliations : une domination russe évidente

Elina Elveborg Lindskog, Anna Lioufas et Anna Wagman Karing, les chercheuses suédoises, ont principalement travaillé sur des cas en Estonie (19 cas), en Allemagne (8), en Lituanie (7), en Lettonie (6) et en Suède, avec un seul cas étudié en France. Reflet de la géopolitique actuelle, leur échantillon montre une forte prédominance de la Russie, impliquée dans 47 cas sur 70, dont 17 pour le GRU, 14 pour le FSB et 6 pour le SVR. La Chine apparaît dans 6 cas, l’Iran et la Turquie dans 3 chacun, et les États-Unis dans un cas unique, où un individu a d’abord travaillé pour Washington puis pour Moscou.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Le profil moyen : loin des clichés du cinéma

Contrairement à l’imaginaire collectif peuplé d’hommes en imperméable et de rendez-vous secrets, la réalité est bien moins romanesque. Le profil moyen de ces espions condamnés est édifiant : l’âge moyen au moment de la condamnation est de 48 ans, avec une large amplitude allant de 21 à 82 ans. Presque tous sont des hommes, avec seulement quatre femmes dans les données, dont trois mariées à un partenaire également impliqué. Sur les 70 cas, 45 sont des fonctionnaires civils et 10 relèvent des armées de leurs pays.

Réseaux et méthodes : de la collaboration aux réseaux sociaux

Un fait saillant révèle que près d’un condamné sur trois a coopéré avec au moins une autre personne, formant ainsi un « réseau d’espionnage » composé de couples, de parents ou de collègues. Près de la moitié des cas impliquent un « initié traditionnel », c’est-à-dire une personne ayant accès privilégié à des informations classifiées. Cependant, le rapport souligne aussi l’importance des « non-initiés », recrutés pour des tâches d’observation ou de repérage. Les auteurs constatent qu’il est plus fréquent d’être recruté que de se proposer, et notent une augmentation des cas où les réseaux sociaux servent de point d’entrée, avec des exemples explicites au Royaume-Uni, en Lettonie et en Lituanie.

Outils et typologies : de la haute technologie aux méthodes rudimentaires

Les méthodes varient considérablement : certains utilisent des logiciels de chiffrement ultramodernes, tandis que d’autres cachent des documents dans des faux plafonds de toilettes publiques. Des experts évoquent Telegram comme un espace où l’anonymat complique les preuves, permettant de solliciter des tâches à « faible seuil » comme prendre une photo ou surveiller un site. Pour catégoriser cette diversité, les chercheuses ont établi une typologie en une dizaine de figures, incluant l’initié traditionnel, l’idéologue, l’observateur, l’agent jetable, l’intermédiaire, le multicriminel, le spécialiste, l’espion mobile et l’agent connecté.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Motivations : le modèle MICE toujours d’actualité

Quant aux motivations, le rapport revient au grand classique du contre-espionnage : le modèle MICE (Money, Ideology, Coercion, Ego), soit l’argent, l’idéologie, le chantage et le besoin de reconnaissance. L’argent reste un facteur essentiel, avec des montants variant de sommes modestes à 100 000 euros, mais il ne représente pas toujours la motivation principale, pouvant servir de levier pour un chantage ultérieur. L’idéologie s’adosse souvent à une affinité avec la Russie ou à l’adhésion à ses récits, avec une personne sur cinq montrant des signes de loyautés partagées. L’ego, le mécontentement et la coercition, y compris les chantages sexuels bien que moins courants qu’imaginé, complètent ce tableau complexe.