L'énigme des sauterelles chantantes de Gavin Newsom
Connaissez-vous l'expression « pisser sur les sauterelles pour les entendre chanter » ? Non, et pour cause : elle n'existe pas. Pourtant, Gavin Newsom, gouverneur de Californie et potentiel candidat démocrate à la présidentielle de 2024, l'a présentée comme une « vieille expression française ».
Il l'a utilisée pour répondre à un journaliste l'interrogeant sur les prétentions de l'administration Trump à contrôler les permis de construire dans certains quartiers de Los Angeles. Les médias américains ont alors interrogé des linguistes spécialistes du français pour percer ce mystère.
Des cigales provençales aux vers d'Apollinaire
Certains experts ont évoqué une tournure provençale approchante : « faire chanter les cigales ». Mais celle-ci signifie ajouter de la chaleur à la vie, ce qui ne correspondait pas au propos de Newsom. Il aurait plutôt dû employer l'expression française « c'est comme pisser dans un violon », qui provoque déjà de la perplexité outre-Atlantique.
Interrogé le lendemain, le gouverneur a précisé qu'il faisait référence à un poème d'Apollinaire que son père lui récitait enfant. Il s'agit du poème « Aussi bien que les cigales », publié dans Calligrammes en 1918, qui contient ce vers : « gens du Midi, il faut creuser voir boire pisser aussi bien que les cigales pour chanter comme elles ». Ainsi, le mystère est résolu : les sauterelles sont en réalité des cigales, et elles chantent sans qu'on ait besoin de leur pisser dessus.
Epstein et la piste russe de l'espionnage industriel
L'actualité politique est dominée par l'avalanche de documents concernant Jeffrey Epstein, rendus publics par le ministère de la Justice américain. Le Washington Post explore la piste russe. Epstein était lié à un réseau d'investisseurs russes expatriés aux États-Unis, intéressés par les nouvelles technologies, ce qui a attiré l'attention des services de sécurité américains.
Le rôle de Masha Drokova et des réseaux poutiniens
Une personnalité clé émerge : Masha Drokova (devenue Masha Bucher), ancienne dirigeante des Jeunesses poutiniennes, installée à San Francisco en 2017 pour infiltrer la Silicon Valley. Elle a servi d'« attachée de presse » à plusieurs patrons de la high-tech et entretenait des liens étroits avec Epstein.
Elle le couvrait d'éloges et, à sa demande, lui a envoyé des photos d'elle nue. Parmi leurs échanges, elle lui proposait des « assistantes à son goût ». Epstein l'utilisait pour obtenir des informations sur les mesures américaines contre le pillage technologique russe. Devenue investisseuse dans la high-tech, elle répondait aux appétits du gouvernement de Poutine pour ces informations.
Dans les années 2010, Epstein a cherché à rencontrer Vladimir Poutine, sollicitant notamment l'ancien Premier ministre norvégien Thorbjorn Jagland. Il entretenait des liens étroits avec Sergueï Beliakov, un homme de confiance de Poutine, ancien vice-ministre du Développement économique et directeur du Forum économique de Saint-Pétersbourg. Beliakov, issu de l'Académie d'espionnage du FSB, a été présenté par Epstein à Peter Thiel.
Le mystère Epstein persiste
Der Standard (Autriche) écarte la piste russe, décrivant Epstein comme un intermédiaire bien connecté. Lorsque le FBI a mis fin à ses activités en juillet 2019, sa fortune était estimée à 600 millions de dollars, ce qui semble modeste au vu de son train de vie extravagant. Le mystère demeure : comment tant de personnalités influentes ont-elles pu être séduites par ce personnage aux multiples facettes, qui correspondait avec des Prix Nobel et avait attiré Stephen Hawking ?
Dans un pays où la théorie complotiste QAnon a gagné en popularité, les crimes avérés d'Epstein suscitent un malaise accru. Les premières répercussions en Europe se font sentir, avec l'ancien Premier ministre norvégien Thorbjorn Jagland mis en accusation pour corruption aggravée.
L'extrême droite en Europe et les interférences américaines
Gazeta Wyborcza s'inquiète de l'influence grandissante de l'alt-right américaine dans la vie politique européenne. La Conférence d'action politique conservatrice (CPAC) organise des rassemblements en Hongrie et en Pologne. Selon l'universitaire Przemyslaw Witkowski, la nouvelle extrême droite mise sur une transformation du système de l'intérieur, après une victoire électorale, considérant la démocratie libérale comme une prison.
Il explique : « Pour comprendre pourquoi l'extrême droite se développe en Europe, vous devez regarder les relations avec les États-Unis et avec la Russie. Depuis que chacun de ces deux États a remarqué la force croissante de l'Union européenne, chacun travaille à diviser l'Europe en petits pays concurrents. » Les réseaux conservateurs américains soutiennent les partis d'extrême droite, tandis que la Russie se tourne vers les extrémistes de gauche et de droite.
La spirale du déclin du Washington Post
Après avoir annoncé des licenciements au sein de la rédaction, le rédacteur en chef du Washington Post, Will Lewis, a démissionné le 8 février. Jeff Bezos, qui avait racheté le titre en 2013, est sur la sellette après avoir interdit à la rédaction d'afficher clairement son soutien à Kamala Harris, indisposant un lectorat majoritairement démocrate.
Les autres journaux américains s'inquiètent élégamment des risques de disparition de cette institution. The Atlantic note que ce journal local est aussi le journal de référence national. Le New York Times, rival du Post, a montré qu'il était possible d'être rentable en se diversifiant, tandis que le Post réduit ses effectifs d'un tiers, supprimant des rubriques comme le sport et les critiques de livres.
Cette réduction du staff entraîne une baisse de la qualité, une fuite des abonnés et une aggravation des déficits, illustrant une spirale du déclin. Dans le Wall Street Journal, Peggy Noonan redoute que cela n'annonce la disparition pure et simple du titre, soulignant que l'expertise du Post est irremplaçable pour couvrir l'actualité de la capitale américaine.