La France dans le viseur des campagnes russes de désinformation
La publication par le département de la justice américain de millions de documents liés à Jeffrey Epstein, l'homme d'affaires pédocriminel décédé en prison en 2019, a ouvert la voie à de nouvelles tentatives de manipulation ciblant spécifiquement la France. Alors que ces archives ont relancé des enquêtes judiciaires dans plusieurs pays concernant des individus ayant connu Epstein, elles ont également servi de support à la diffusion massive de fausses informations.
Deux opérations distinctes documentées
Selon le média de fact-checking Les Surligneurs, deux opérations de désinformation distinctes, visant explicitement à ébranler la confiance dans les institutions françaises et dans le président de la République, ont été menées par des réseaux liés à la Russie. Ces campagnes sophistiquées exploitent le retentissement mondial de l'affaire Epstein pour amplifier leur impact.
Une fausse correspondance Macron-Epstein démasquée
La première opération a été lancée le 4 février 2026. Une vidéo a circulé, affirmant qu'un document provenant des "Epstein files" prouverait l'existence d'une correspondance entre Emmanuel Macron et Jeffrey Epstein. Cette information a été publiée sur un site internet usurpant l'identité du média France-Soir.
Le faux site, créé le 1er février, reproduisait méticuleusement les codes graphiques du véritable média et renvoyait même vers ses réseaux sociaux officiels pour paraître crédible. L'article incriminé était attribué à un journaliste travaillant en réalité pour Le Parisien, qui a confirmé aux Surligneurs n'avoir jamais écrit un tel texte.
Dans cet article, plusieurs captures d'écran imitaient la charte graphique du site du ministère de la Justice américain. Cependant, le document présenté comme compromettant, intitulé "EFTA00694758.pdf", n'existe tout simplement pas dans les archives publiques consultables en ligne. Le site frauduleux a depuis été désactivé.
Cette tentative de désinformation correspond parfaitement au mode opératoire de l'opération d'influence russe connue sous le nom de Storm-1516, déjà documentée par le Viginum, le service français chargé de la lutte contre les ingérences numériques étrangères.
Une pseudo-cyberattaque attribuée à l'Élysée
Le procédé s'est répété quelques jours plus tard avec une deuxième opération. Le 10 février 2026, une vidéo de 50 secondes, arborant frauduleusement le logo du média technologique Wired, a circulé sur les réseaux sociaux.
Elle prétendait que le site du département américain de la Justice aurait subi une cyberattaque par déni de service (DDoS) le 30 janvier 2026, jour même de la publication des documents Epstein. La vidéo affirmait que cette attaque aurait été "orchestrée par l'Élysée" pour empêcher la divulgation d'informations compromettantes concernant le président Macron.
Or, cette vidéo n'est apparue sur aucun des comptes officiels de Wired. Plus crucial encore, "aucune cyberattaque n'a été déclarée sur le site du département de la justice états-unien", ont rapporté Les Surligneurs. La vidéo citait également une prétendue responsable de Microsoft, Hayete Gallot, présentée comme ayant attribué l'attaque à la France. Contactée, l'entreprise a confirmé au média que l'identité de sa vice-présidente exécutive à la sécurité avait été usurpée.
Une stratégie de déstabilisation ciblée et documentée
Une source gouvernementale a indiqué aux Surligneurs que cette vidéo s'inscrivait dans une opération d'influence russe baptisée "Matriochka". Son but est clair : "produire du faux contenu pour saturer le travail des fact-checkers" et noyer l'espace informationnel.
Dès 2024, le Viginum estimait que "l'objectif de cette campagne est probablement de décrédibiliser les médias, personnalités et cellules de fact-checking ciblés tout en promouvant des contenus servant les intérêts russes".
Une riposte française rapide et structurée
Contactée par L'Express, une source à l'Élysée s'est félicitée de la réactivité des autorités : "Tout a été mis en place très vite pour réagir à ces tentatives de déstabilisation. Le point positif c'est que maintenant on est habitué à ce genre de pratiques."
Cette source a souligné : "On a rendu ça public très rapidement et ça a fait le tour des journaux télévisés." L'affaire Epstein représente néanmoins un défi d'une nouvelle ampleur, car c'est la première affaire mondiale de cette envergure à l'ère de l'intelligence artificielle générative.
Cette technologie rend plus difficile la distinction immédiate entre contenus vrais et faux, provoquant des volumes considérables de discussions sur les réseaux sociaux autour de ces fausses informations. "Mais on commence à avoir l'habitude, parce que la France est la cible numéro 1 des Russes dans la désinformation sur Internet", a ajouté la source, saluant la grande qualité et la rapidité d'action du service Viginum, jugées déterminantes dans cette lutte permanente contre les ingérences informationnelles.



