Algérie 2019 : comment un complot d'espions a tenté de sauver Bouteflika
Complot d'espions pour sauver Bouteflika en Algérie 2019

L'ombre des espions dans les soubresauts de l'histoire algérienne

Les espions ont souvent joué un rôle déterminant dans les tournants historiques. Opérant dans l'ombre à travers les siècles et sur tous les continents, certaines opérations secrètes ont façonné le monde contemporain. Dans son podcast "Nid d'espions", L'Express consacre une série au renseignement et dévoile des dossiers classés secret-défense où l'intervention des agents secrets a tout bouleversé.

Le contexte explosif du printemps algérien

Début 2019, l'Algérie se prépare à organiser une élection présidentielle cruciale prévue en avril. Après vingt années de règne ininterrompu d'Abdelaziz Bouteflika, la population algérienne aspire profondément au changement. Pourtant, en février, le Front de libération nationale, le parti au pouvoir, annonce la candidature de Bouteflika pour un cinquième mandat. À quatre-vingt-deux ans, le président ne mène pas lui-même campagne. Lors d'un grand meeting du FLN, son absence est remarquable : c'est un simple cadre portant sa photo qui est présenté à la foule.

Le 22 février, des milliers d'Algériens, exaspérés à l'idée d'un nouveau mandat d'un président dont la santé fragile et l'absence de la vie publique sont notoires, descendent dans la rue. Les manifestations s'étendent rapidement à l'ensemble du territoire national. Chaque vendredi, pendant plusieurs mois, des millions de citoyens se rassemblent pacifiquement dans ce qui deviendra le mouvement populaire du Hirak.

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La réaction du pouvoir et l'entrée en scène des militaires

Face à cette contestation massive, Bouteflika annonce finalement renoncer à se présenter. Cependant, il reporte simultanément l'élection présidentielle. Il conserve le pouvoir et envisage d'établir une nouvelle constitution pour prolonger son mandat. Les militaires s'opposent fermement à cette manœuvre et tentent de démettre le président de ses fonctions.

Dans le plus grand secret, au mois de mars, quatre hauts responsables algériens se réunissent. Parmi eux figurent Saïd Bouteflika, frère du président et ancien bras droit, ainsi que le général Toufik, l'ancien chef tout-puissant du renseignement algérien. Leur objectif est clair : maintenir Abdelaziz Bouteflika à la tête du pays et trouver un moyen de contrer à la fois les militaires et le processus constitutionnel en cours.

L'échec du complot et ses conséquences

Les comploteurs ne parviennent pas à leurs fins. Bouteflika démissionne finalement le 2 avril 2019, mais la contestation populaire se poursuit pendant de nombreux mois. Le général Toufik est arrêté en mai et jugé pour "atteinte à l'autorité de l'Armée" et "complot contre l'autorité de l'État". L'ancien maître-espion, qui avait dirigé les services secrets pendant des décennies, échoue ainsi dans sa dernière mission clandestine.

Dans cet épisode captivant de "Nid d'espions", les journalistes Charlotte Lalanne et Charlotte Baris dressent le portrait détaillé du général Toufik, figure emblématique et controversée du renseignement algérien. Elles révèlent les mécanismes secrets qui ont tenté de sauver un régime en perdition face à une mobilisation populaire historique.

Cette plongée dans les arcanes du pouvoir algérien montre comment les services de renseignement peuvent tenter d'influencer le cours des événements politiques, même lorsque la volonté populaire s'exprime avec une force inédite.

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