Révélations sur l'échec de l'évasion d'Assange orchestrée par un agent double pour la CIA
Échec de l'évasion d'Assange : un agent double au service de la CIA

L'échec de l'évasion de Julian Assange orchestré par un agent double

Début 2018, la tentative d'évasion de Julian Assange, cyber-militant et fondateur de WikiLeaks, depuis l'ambassade d'Équateur à Londres échoue spectaculairement. Cette semaine, le journal espagnol El País a révélé les détails de cet échec, imputable à l'action d'un ancien militaire espagnol, David Morales, dont l'entreprise était chargée de la sécurité de l'ambassade équatorienne.

La rencontre décisive à Las Vegas

Tout commence en 2016 lorsque David Morales, ex-militaire et patron de la société de sécurité UC Global SL, se rend à un salon de l'armement à Las Vegas. Il y rencontre Brian Nagel et Zohar Lahav, responsables de la sécurité d'un casino appartenant au milliardaire Sheldon Adelson, proche du Parti républicain et de Donald Trump. Morales leur confie être le responsable de la sécurité de l'ambassade d'Équateur à Londres, où Julian Assange est réfugié depuis 2012 pour échapper à une extradition vers les États-Unis.

Rapidement, David Morales entame une relation avec ces deux personnages, dont l'un est également un ancien militaire américain. Il commence alors à travailler pour le compte de la CIA, comme l'ont confirmé plusieurs employés de sa société dans les années suivantes. "Je suis passé du côté obscur", aurait déclaré Morales à l'un de ses collaborateurs, ajoutant avec euphorie : "On va jouer dans la cour des grands".

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un système de surveillance sophistiqué

En mars 2017, David Morales reçoit pour mission d'espionner le personnel de l'ambassade d'Équateur à Londres et leur invité, Julian Assange. Sous couvert de remplacer les caméras de sécurité, son entreprise achète du matériel de surveillance sur le site Espiamos.com et y intègre des systèmes audio dissimulés, sans en informer le personnel de l'ambassade.

Grâce à ce nouveau système, les Américains ont désormais un accès en direct à tous les enregistrements de l'ambassade. Les équipes de Morales placent sous surveillance :

  • Julian Assange lui-même
  • Le personnel diplomatique équatorien
  • Les avocats et visiteurs du cyberactiviste
  • Son médecin personnel

Des dizaines de courriels et conversations sont interceptés, malgré les précautions d'Assange qui avait installé un appareil à bruit blanc dans sa cellule et tenait ses réunions dans les toilettes des femmes, pensant y être plus en sécurité.

Le fichage systématique de l'entourage

En août 2017, David Morales demande depuis Miami à ses équipes de collecter "les données relatives au Wi-Fi de l'ambassade" et d'analyser la composition des murs. Son entreprise entreprend également de ficher, pour le compte du "client américain", toutes les personnes visitant Julian Assange, avec leurs passeports et numéros IMEI et SIM de téléphone.

L'agence espionne même Stella Morris, avocate et future épouse d'Assange, soupçonnant qu'un bébé vu avec un ami du cyberactiviste puisse être le sien. Ils subtilisent une couche pour analyse et font réaliser une graphologie de l'écriture d'Assange pour étudier sa personnalité.

L'évasion sabotée en décembre 2017

Le 21 décembre 2017, les nouvelles caméras installées par UC Global SL filment une réunion cruciale entre Julian Assange, Stella Morris et Rommy Vallejo, chef des services de renseignement équatoriens. Ils finalisent alors le plan d'évasion du cyberactiviste.

Les enregistrements sont captés suffisamment à temps par les Américains pour que ces derniers émettent un mandat de capture. Les hommes de David Morales s'introduisent par effraction dans le bureau de l'avocat Baltasar Garzón, l'agressent et subtilisent le passeport diplomatique fourni par l'Équateur à Assange. Le plan d'évasion, qui aurait pu épargner au fondateur de WikiLeaks sept années supplémentaires de captivité, vient d'échouer.

La protection américaine et les conséquences

Malgré les tentatives de poursuites pour espionnage contre David Morales, ce dernier bénéficiera toujours de la protection des autorités américaines. Julian Assange sera finalement expulsé de l'ambassade d'Équateur seize mois plus tard, en avril 2019, après l'arrivée au pouvoir de Lenin Moreno.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Arrêté par la police britannique, il est incarcéré à Londres jusqu'à sa libération en juin 2024, suite à la conclusion d'un accord avec la justice américaine. Cette révélation par El País met en lumière les méthodes sophistiquées employées par les services américains pour maintenir sous surveillance l'un des lanceurs d'alerte les plus controversés de l'histoire récente.