Viol homophobe à Bordeaux : Jason témoigne avant le procès de ses agresseurs
Viol homophobe à Bordeaux : le procès de ses agresseurs

Un calvaire qui dure depuis six ans

Alors âgé de 18 ans, Jason a été violé par deux mineurs en 2020 et laissé pour mort. Après six ans d’attente, ses agresseurs vont être jugés pour des faits de nature criminelle. Le dimanche 17 mai se déroulait la Journée mondiale contre l’homophobie. « Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir », témoigne Jason. Cet homme de 24 ans a rendez-vous avec la justice mardi 19 mai en qualité de victime d’une agression homophobe. « De l’ultra violence », commente son avocate, Me Ondine Paris.

Les faits remontent au 1er août 2020

Jason a alors 18 ans. Dans une situation familiale difficile, il est pris en charge par l’association Le Refuge, qui lui a trouvé une chambre d’hôtel à Bordeaux. En rentrant de soirée, un contact se noue avec deux jeunes dans le tram. « Sur le coup, ils étaient très sympas », se souvient-il. Mais le duo se rend compte que leur interlocuteur est gay. « Après coup, ils ont justifié leurs actes par le fait que j’aurais essayé de les toucher, ce qui est faux », atteste la victime.

Extorqué, battu et insulté

La rencontre dégénère ensuite. « Il y a eu des insultes homophobes, comme “Sale pédé” et “Les pédés, on les crève, on les brûle. Tu vas assumer.” C’était vraiment très violent. » Le jeune homme est d’abord extorqué de sa carte bleue sous la menace. Puis les coups pleuvent. « Ils m’ont emmené sur un terrain vague à Bordeaux-Lac, vers 2 heures du matin. Ils m’ont frappé. Puis, ils m’ont violé. »

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Avant de s’enfuir, un des assaillants donne un coup de couteau dans la cuisse droite du supplicié. « J’aurais pu y passer car c’était à trois centimètres de l’artère fémorale. J’ai eu une plaie de 12 centimètres. Je ne sais par quel miracle j’ai réussi à me relever. Ils m’avaient dénudé, j’étais en caleçon et en chaussettes. Je me suis traîné jusqu’à l’hôtel, où quelqu’un m’a donné les premiers soins. »

Des séquelles psychologiques durables

Jason bénéficie d’une incapacité totale de travail (ITT) de dix jours mais garde encore des séquelles psychologiques. Les suspects seront retrouvés un an après, grâce à l’ADN. « Nous nous sommes opposés à la correctionnalisation de ces faits pour qu’ils soient jugés à la hauteur de leur gravité, à savoir un crime », explique Me Paris.

Deux procès à huis clos

La qualification retenue par la justice est celle de viol avec actes de torture et barbarie commise en raison de l’orientation sexuelle. Elle vise deux garçons âgés de 14 ans et 16 ans au moment des faits. Le premier, libéré sous contrôle judiciaire, sera jugé mardi au tribunal pour enfants ; le second, incarcéré depuis son arrestation, passera en octobre devant la cour d’assises des mineurs. Leur traitement est différencié car l’un avait moins de 15 ans et l’autre plus de 15 au moment des faits. Ils étaient déjà connus de la justice pour des délits de droit commun et se renvoient la responsabilité du déclenchement de l’agression.

« Je ne me sens pas en sécurité »

Les deux procès auront lieu à huis clos mais Jason tient à témoigner pour que la loi du silence ne s’impose pas : « Six ans après, je fais encore des cauchemars et c’est toujours compliqué, assure-t-il. J’ai dû quitter Bordeaux par peur de recroiser le plus jeune de mes agresseurs, qui est en liberté. Quand je regarde les chiffres des agressions homophobes, je me rends compte que rien n’avance. La montée des actes anti LGBT+ m’inquiète beaucoup. Aujourd’hui, en tant que gay, je ne me sens pas en sécurité. »

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