Brésil : des vidéos misogynes virales sur TikTok incitent à des féminicides
Vidéos misogynes virales au Brésil liées à des féminicides

Brésil : des vidéos misogynes virales sur TikTok incitent à des féminicides

Des vidéos inquiétantes sont devenues virales sur TikTok au Brésil, montrant des hommes en train de frapper et de poignarder des mannequins avec le slogan explicite « je m’entraîne au cas où elle dirait non ». Ce contenu misogyne, qui a rapidement gagné en popularité, semble avoir franchi la barrière du virtuel pour inspirer des passages à l’acte dans la réalité.

Un lien direct avec un féminicide

Jaderluce Anisio de Oliveira, mère d’une jeune femme de 20 ans nommée Alana Anisio Rosa, affirme que l’agresseur de sa fille suivait assidûment ce type de contenu sur les réseaux sociaux. En février dernier, Alana avait poliment décliné les avances d’un homme qui lui envoyait des fleurs et des chocolats. Un mois plus tard, l’individu a fait irruption chez elle et lui a porté une cinquantaine de coups de couteau, la tuant sauvagement.

La misogynie en ligne, un catalyseur de violence

Ce cas tragique alimente les inquiétudes concernant la prolifération des publications misogynes et leur impact potentiel sur la violence contre les femmes au Brésil. En 2023, le pays a recensé 1.586 féminicides, un chiffre alarmant qui souligne l’ampleur du problème.

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Pour Daniel Cara, professeur à l’Université de Sao Paulo et chercheur spécialisé dans le masculinisme, ce phénomène, observé dans de nombreux pays, « légitime et stimule » la violence contre les femmes. Estela Bezerra, responsable de l’organe étatique chargé de la lutte contre les violences faites aux femmes, abonde dans ce sens. Elle estime que la misogynie en ligne joue « un rôle significatif » dans ces actes criminels.

« C’est avant tout un discours de haine. Il propage des valeurs qui menacent de ramener notre société à l’ère de la barbarie », explique-t-elle avec gravité.

Une accessibilité croissante des contenus haineux

Une étude récente menée par l’Université fédérale de Rio de Janeiro révèle que 123 chaînes YouTube diffusant ce type de discours misogyne ont atteint 23 millions d’abonnés, soit une augmentation de 18% par rapport à il y a deux ans. Ces contenus, autrefois confinés dans les recoins obscurs du Web, sont désormais facilement accessibles.

Sur certaines plateformes, il est devenu courant de voir des femmes décrites comme « violables » ou non, une rhétorique profondément dégradante. Les experts s’inquiètent particulièrement du fait que de plus en plus d’adolescents ont accès à ces vidéos, ce qui risque de normaliser la violence sexiste auprès des jeunes générations.

Des initiatives législatives pour contrer le phénomène

Face à cette montée en puissance de la misogynie en ligne, plusieurs propositions de loi ont été élaborées récemment. Le député de gauche Reimont Luiz Otoni Santa Barbara a présenté un texte visant à criminaliser les contenus qui, selon ses termes, « entraînent la mort de femmes chaque jour ».

Un autre projet, adopté au Sénat, cherche à classer la misogynie comme un crime similaire au racisme, passible de peines de prison ferme. Ces initiatives législatives témoignent d’une prise de conscience croissante de la gravité du problème.

Un fléau historique exacerbé par les réseaux sociaux

Les violences sexistes et sexuelles constituent un fléau de longue date au Brésil, mais la situation semble s’aggraver avec l’essor des réseaux sociaux. Le président Luiz Inacio Lula da Silva a récemment exprimé son inquiétude, estimant que « les hommes sont de plus en plus inhumains et violents ».

Cette déclaration souligne l’urgence de combattre non seulement les actes de violence eux-mêmes, mais aussi les discours haineux qui les alimentent en ligne. La lutte contre la misogynie numérique devient ainsi un enjeu crucial pour la sécurité et les droits des femmes au Brésil et au-delà.

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