Un député tunisien déclenche un scandale en niant les viols de migrantes
Il suffit parfois d'une seule phrase pour accéder à une notoriété éphémère ou s'enfoncer dans l'infamie durable. C'est le cas du député Tarek Mehdi, élu de Sfax, la deuxième ville de Tunisie située à 280 kilomètres de la capitale. Jusqu'alors parfaitement inconnu des agences de presse, de la majorité des Tunisiens et totalement ignoré des lecteurs d'informations internationales, le voilà propulsé sous les projecteurs.
Des propos racistes qui provoquent des rires au parlement
Le 13 avril, lors d'une séance parlementaire consacrée à la lutte contre la migration irrégulière, l'élu a déclaré avec assurance : « En Tunisie, une Africaine ne peut pas être violée, nous avons la beauté en Tunisie ». Ces paroles ont déclenché des salves de rires sur certains bancs de l'hémicycle, créant un moment de honte institutionnelle.
D'une simple phrase, le député Mehdi a accompli un triple outrage : il a nié les viols que subissent effectivement des migrantes, particulièrement dans la région de Sfax qui constitue une halte majeure des routes migratoires ; il a balayé la réalité au profit d'un racisme nonchalant ; et il a opposé de manière sémantique les populations arabes et noires.
Des excuses tardives et insuffisantes
Les réactions outrées d'une partie de la société civile - celle qui n'a pas été emprisonnée ou contrainte à l'exil - et de quelques députés ont finalement contraint le plaisantin Mehdi à présenter des excuses timides. Cependant, les rires déclenchés par ses propos racistes continuent de résonner comme un symptôme inquiétant de la dégradation du débat public tunisien.
Le racisme d'État : une stratégie politique assumée depuis 2023
Si le racisme à l'égard des « Subsahariens » - populations venant des pays du Sahel au sud du Maghreb - n'a rien d'une nouveauté dans la région, un seuil a été franchi récemment. Des propos qu'on ne se permettait pas au parlement ou dans les médias sont désormais devenus des arguments politiques à part entière pour s'en prendre aux migrants tentant de rejoindre l'espace européen.
Le discours présidentiel qui a tout changé
Ce discours raciste s'est épanoui de manière spectaculaire depuis février 2023. Le 21 février de cette année, à la stupéfaction générale, le président Kaïs Saïed a dénoncé lors d'un conseil de sûreté nationale « des hordes de migrants clandestins », évoquant « une entreprise criminelle ourdie au début de ce siècle pour changer la composition démographique de la Tunisie ».
Dans un communiqué ultérieur, il a précisé sa pensée en affirmant qu'« il existe un plan criminel pour changer la composition du paysage démographique en Tunisie, et certains individus ont reçu de grosses sommes d'argent pour donner la résidence à des migrants subsahariens ».
L'importation d'une rhétorique populiste européenne
Kaïs Saïed, qui dénonce régulièrement des complots imaginaires, s'est fait ici le disciple de Renaud Camus et a même reçu les félicitations d'Éric Zemmour sur la plateforme X. Habituellement plus enclin à citer Saladin et le Coran, le président a fait entrer son pays dans un populisme raciste assumé, déclenchant des vagues de violences envers les subsahariens résidant en Tunisie.
Un double standard qui révèle l'hypocrisie du régime
Le paradoxe est frappant : si de tels propos avaient été prononcés en France ou dans un pays européen, le tollé aurait été immédiat et le sommet de l'État tunisien aurait été le premier à protester. Pourtant, Kaïs Saïed, qui fustige régulièrement l'Occident pour sa « décadence » et appelle à un ordre nouveau plus équilibré entre Sud et Nord, a ouvert une véritable boîte de Pandore.
La transformation autoritaire du pouvoir
En faisant des subsahariens - qui sont autant africains que les Tunisiens - une cible désignée, responsables de tous les maux du pays, le président utilise la carte identitaire dans le cadre d'une lente dérive autoritaire. Élu démocratiquement en octobre 2019, l'homme a progressivement transformé la démocratie tunisienne en un régime autoritaire dont il est l'unique représentant.
Son ADN intellectuel, mélange de panarabisme, de tiers-mondisme et de populisme (selon lequel les élites sont corrompues et décadentes), lui fait commettre de grands écarts idéologiques. La Tunisie commerce avec l'Union européenne et ses États membres tout en les fustigeant sur le plan moral et en dénonçant leur supposé « double standard ».
L'Afrique face à ses contradictions
Le résultat de cette stratégie est que « la théière populo tiers-mondiste infuse au sein de la société tunisienne », créant un climat de suspicion et de violence envers les migrants africains. Pourtant, cela n'empêche pas les autres pays africains de fermer les yeux sur cette dérive inquiétante.
La diplomatie du double langage
Cette semaine même, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale du Rwanda, Olivier J.P. Nduhungirehe, émissaire de Paul Kagamé qui dirige Kigali d'une main de fer depuis vingt-six ans, a été reçu au Palais de Carthage. Kaïs Saïed lui a réaffirmé « l'attachement de la Tunisie à son appartenance africaine », créant un contraste saisissant avec ses propos antérieurs.
Entre les déclarations racistes du député Mehdi en avril 2026 et les discours du président depuis février 2023, l'appartenance africaine de la Tunisie a du souci à se faire. Comme le cinglait un initié africain : « Les ennemis du sud sont au sud », révélant ainsi les profondes contradictions qui traversent le continent.



