Le procès tant attendu de Saâdia Mosbah s'ouvre à Tunis
Ce 19 mars 2026, un procès crucial s'ouvre à Tunis concernant Saâdia Mosbah, militante antiraciste emprisonnée depuis près de deux ans, et huit coaccusés. Une tribune initiée par Dominique Sopo, président de SOS Racisme, et signée par une vingtaine de personnalités internationales, appelle la justice tunisienne à faire son travail en toute indépendance et à constater le caractère illégal de cette détention prolongée.
Une militante au cœur des combats pour l'égalité
Jusqu'à son arrestation le 6 mai 2024, Saâdia Mosbah présidait l'association M'nemty (« Mon rêve »), qu'elle avait fondée en 2013 dans l'élan d'espoir du Printemps arabe. Victime de discrimination raciale dans son emploi de cheffe de cabine, cette femme noire tunisienne s'est engagée corps et âme dans la lutte contre le racisme anti-Noir, un phénomène alors largement invisibilisé dans son pays.
Son activisme infatigable a contribué de manière décisive à l'adoption par la Tunisie, le 23 octobre 2018, d'une loi pionnière dans le monde arabe : la loi organique n° 2018-50 relative à l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale. Cette reconnaissance internationale s'est concrétisée en août 2023 par l'obtention du prestigieux Global-Anti-Racism Champions Award décerné par le gouvernement américain.
Un contexte de régression alarmante des droits
Pourtant, cette même année 2023 a vu se développer en Tunisie une inquiétante montée des discours racistes et xénophobes, particulièrement dirigés contre les migrants subsahariens. Ces propos, parfois relayés au plus haut niveau de l'État, ont entraîné des conséquences tragiques : violences contre les migrants et ciblage systématique des défenseurs des droits humains, accusés de participer à un prétendu « grand remplacement ».
C'est dans ce climat de tension que Saâdia Mosbah a été arrêtée et incarcérée. Bien que formellement accusée de délits financiers non étayés, elle est emprisonnée principalement en raison de sa couleur de peau et de son engagement en faveur des droits des populations noires, selon ses soutiens.
Une détention devenue illégale et inhumaine
La situation de Saâdia Mosbah, aujourd'hui âgée de 67 ans, soulève de graves préoccupations :
- Sa détention provisoire dépasse largement la limite légale de quatorze mois prévue par le droit tunisien, atteignant près de vingt-deux mois
- Elle subit des conditions de promiscuité et d'hygiène contraires à la dignité humaine
- Elle a été victime de traitements discriminatoires et d'agressions racistes, tant verbales que physiques, de la part d'agents pénitentiaires
Après deux reports successifs, son procès s'ouvre enfin. Les signataires de la tribune adressent plusieurs demandes urgentes :
- À l'État tunisien : laisser la justice travailler en toute indépendance et conformément au droit
- À la magistrature : constater l'illégalité de la détention et le caractère fantaisiste des accusations
- Prononcer la fin de la procédure et la libération immédiate des neuf accusés
Un appel à la solidarité internationale
Le collectif demande également aux ambassades des pays soucieux du respect des droits humains d'assister à l'audience du 19 mars, comme neuf d'entre elles l'ont fait lors des audiences précédentes. Cet appel vise particulièrement les pays de l'Union européenne, qui ne peuvent ignorer le sort des défenseurs des droits après avoir conclu en juillet 2023 un pacte migratoire controversé visant à contrôler les flux migratoires en Méditerranée.
En Tunisie, personne ne devrait être coupable d'être noir ou de défendre les droits des populations noires, affirment les signataires. Parmi eux figurent des personnalités tunisiennes et internationales de premier plan : intellectuels, universitaires, artistes et militants des droits humains, unis pour réclamer : « Liberté pour Saâdia Mosbah ! »



