Le cacique Raoni apporte son soutien conditionnel à Lula pour les élections présidentielles
Dans une déclaration marquante, le défenseur mondialement connu de l'Amazonie, Raoni Metuktire, a annoncé mercredi qu'il soutiendra le président Luiz Inacio Lula da Silva lors de l'élection présidentielle brésilienne d'octobre. Cette annonce intervient malgré les critiques persistantes du leader indigène envers certains projets énergétiques soutenus par le gouvernement de gauche.
Un soutien qui n'efface pas les désaccords
Le chef indigène nonagénaire, reconnaissable à son imposant plateau labial et considéré comme la voix la plus influente des peuples autochtones du Brésil, a précisé que son appui ne constituait pas un blanc-seing absolu. « Je vais le soutenir », a déclaré Raoni en langue kayapo lors d'un entretien avec l'AFP, ses propos étant traduits par un interprète en marge d'un rassemblement de peuples indigènes à Brasilia.
Le cacique a néanmoins rappelé ses précédentes critiques à l'encontre du président, affirmant vouloir lui « tirer l'oreille » pour son soutien à l'exploration pétrolière près de l'embouchure du fleuve Amazone. Cette position illustre la complexité des relations entre le gouvernement et les communautés autochtones, même lorsque des avancées significatives ont été réalisées.
Contexte électoral et héritage de Bolsonaro
Âgé de 80 ans, Lula briguera un quatrième mandat présidentiel en octobre prochain. Il affrontera le sénateur Flavio Bolsonaro, âgé de 44 ans et fils de son prédécesseur Jair Bolsonaro. L'ère Bolsonaro avait été marquée par des politiques environnementales controversées, notamment le gel de la reconnaissance des réserves autochtones et l'encouragement à la déforestation en Amazonie.
Raoni a justifié son soutien par les actions concrètes du gouvernement actuel : « Lula a déjà désigné quelques terres indigènes [...], donc je le soutiens pour qu'il reste président ». Depuis le retour de Lula au pouvoir en 2023, son administration a effectivement homologué une vingtaine de terres réservées à l'usage exclusif des communautés autochtones et obtenu une réduction spectaculaire des taux de déforestation en Amazonie.
Menaces persistantes et projets controversés
Malgré ces progrès, le leader indigène a émis des réserves importantes. Il a averti que l'exploitation minière illégale et la déforestation continuaient de « menacer » le mode de vie traditionnel des peuples autochtones. Parmi les projets particulièrement préoccupants, Raoni s'oppose fermement à une voie ferrée de près de 1.000 kilomètres qui traverserait la plus grande forêt tropicale du monde, un écosystème essentiel pour la régulation du climat planétaire.
Le cacique a également dénoncé les mentalités destructrices : « Le climat ne cesse de changer. Vous, les non-indigènes, vous avez cette mauvaise façon de penser qui conduit à la destruction de la nature et à la pollution des rivières, ce qui provoque cette crise climatique ». Il a ajouté avec gravité : « Cela nous nuit à tous au Brésil », soulignant l'interdépendance entre la préservation de l'Amazonie et le bien-être de l'ensemble de la population brésilienne.
Ce positionnement équilibré de Raoni reflète les tensions constantes entre développement économique et protection environnementale au Brésil, alors que le pays s'apprête à vivre une élection présidentielle cruciale pour l'avenir de l'Amazonie et de ses habitants.



