Une année 2025 catastrophique pour le secteur humanitaire français
« On a connu une année 2025 très compliquée parce qu'émaillée d'incertitudes. » Ce constat amer résume la situation critique que traversent de nombreuses organisations non gouvernementales françaises, contraintes de mettre en œuvre des plans sociaux drastiques tant sur le terrain qu'au sein de leurs sièges.
L'arrêt brutal des financements américains
La cause principale de cette crise sans précédent réside dans l'arrêt brutal des subventions états-uniennes suite à l'élection de Donald Trump et au démantèlement de l'agence USAID en 2025. Cette décision a créé un véritable séisme financier pour des organisations dont les budgets dépendaient largement de ces fonds.
Action contre la Faim (ACF) révèle des chiffres alarmants : « Entre 2025 et 2026, ce sont près de 1 300 personnes sur le terrain dont le contrat a pris fin. » L'organisation anticipe également la suppression de 51 postes à son siège français, représentant une réduction de 11 % de ses effectifs.
Des réductions budgétaires en cascade
Les États-Unis ne sont pas le seul pays à avoir réduit son aide publique au développement. Le Royaume-Uni, l'Allemagne et même la France ont également procédé à des coupes budgétaires significatives, avec une nouvelle baisse de 800 millions d'euros prévue pour 2026 dans l'Hexagone.
Pour Première Urgence Internationale, le financement américain représentait 37 % du budget total. Les conséquences ont été immédiates : plus de 400 employés locaux ont été licenciés en Afghanistan, tandis qu'au siège francilien, les effectifs sont passés d'environ 150 à 110 salariés.
Olivier Routeau, directeur des Opérations, explique cette réduction par un « plan de sauvegarde de l'emploi » combinant « départs volontaires », postes non renouvelés et « licenciements ».
Un impact différencié selon les organisations
Certaines ONG moins dépendantes des fonds américains, comme Médecins du Monde (MDM), n'ont pas engagé de plans sociaux formels. Cependant, elles ont dû procéder à des licenciements sur le terrain. Chez Handicap International, par exemple, un cinquième des effectifs a été concerné.
Sandrine Simon, de MDM, reconnaît les restrictions imposées : « Sur des CDD qu'on aurait pu mettre en place, on s'est restreint » au siège, illustrant l'effet domino de cette crise financière.
Des milliers d'emplois supprimés à l'international
La plateforme Coordination Sud a recensé 4 900 suppressions d'emplois dans 62 organisations sondées en 2025, principalement à l'étranger. L'immense majorité de ces postes étaient occupés par des ressortissants des pays d'intervention, créant une double peine pour les populations locales.
Corentin Martiniault alerte sur les conséquences à long terme : « On est en train de perdre de l'expertise » et du « suivi » dans les « bassins de crise », mettant en péril des années de travail humanitaire. Coordination Sud regroupe près de 200 associations françaises de solidarité internationale.
Cette hémorragie d'emplois touche également les organisations internationales, comme le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), démontrant l'ampleur systémique de la crise.
Un secteur toujours attractif malgré les difficultés
Paradoxalement, ce chamboulement du secteur humanitaire n'entame pas l'enthousiasme des jeunes générations. Benedetta, étudiante italienne de 25 ans en master à Genève, aspire toujours à travailler dans ce domaine par « intérêt » pour « le droit international » et pour « diminuer » les inégalités.
Elle se heurte cependant à un marché du travail polarisé entre des emplois requérant des années d'expérience et des stages non rémunérés, reflétant la précarisation croissante du secteur.
Raphaëlle Parizet, maîtresse de conférences en science politique à Paris-Est Créteil, confirme cette tension : « Ces coupes budgétaires viennent percuter ce rapport vocationnel, parce qu'on a une précarisation des débuts de carrière. »
La preuve de cet attrait persistant : en 2026, plus de 1 200 personnes ont candidaté pour seulement 20 places au Master « Action humanitaire internationale » qu'elle dirige, illustrant le décalage entre les aspirations professionnelles et les réalités économiques du secteur.



