Norouz, un symbole de résistance culturelle en Iran
Nous sommes à moins d'un mois de la célébration de Norouz, la fête du Nouvel An persan. Lorsque l'on évoque l'Iran d'avant la révolution khomeyniste, quels souvenirs d'enfance et de ces années perdues marquent le plus profondément ? C'est précisément parce que ces années ont été confisquées que le désir de les retrouver un jour demeure vivace. Norouz est sans conteste la fête nationale la plus chère et la plus largement fêtée en Iran.
La renaissance des traditions face à l'oppression
Au-delà de Norouz, de nombreuses célébrations traditionnelles, comme Tirgan ou Mehregan, connaissent un regain de popularité remarquable. Ce phénomène constitue un véritable défi lancé à un régime qui a tenté d'étouffer l'identité nationale pour lui substituer une identité religieuse. Aujourd'hui, la nation oppose une résistance culturelle au pouvoir en célébrant ces fêtes avec une ferveur renouvelée.
Tout cela participe activement à la préservation de notre civilisation et de notre patrimoine culturel. C'est une manière d'expliquer au monde que rien ne pourra jamais arracher aux Iraniens leur identité nationale, et Norouz incarne parfaitement ce sentiment. Cette appartenance transcende les clivages ethniques ou religieux. Norouz appartient à tous : il est fêté par les musulmans, les chrétiens, les juifs, les zoroastriens, les baha'is, ainsi que par les Kurdes, les Azéris ou les Baloutches. C'est le lien fédérateur qui unit l'ensemble des Iraniens, un héritage commun traversant les époques et les croyances pour rassembler la nation entière.
Littérature et construction d'une culture démocratique
D'exilée à exilé, on emporte toujours avec soi des fragments de sa culture. Pour moi, deux livres ont peuplé mon déracinement : « Le Livre des Rois » de Ferdowsi, et « Mon oncle Napoléon » d'Iradj Pezechkzad. Quel ouvrage représente le mieux notre lien avec l'Iran éternel ?
J'ai rencontré l'auteur de Mon oncle Napoléon, Iradj Pezechkzad, pour saisir la profondeur de sa pensée. Ce livre est instructif car il démontre avec humour comment on peut tomber dans le piège d'accuser autrui plutôt que d'assumer ses responsabilités. Au-delà des structures démocratiques indispensables – séparation des pouvoirs, liberté de la presse, existence de syndicats –, il est impératif qu'une véritable culture démocratique s'enracine. C'est le défi majeur de notre société.
Cette culture ne s'instaure pas automatiquement ; elle s'apprend au sein de la famille et à l'école. C'est un travail de longue haleine sur lequel il faut se concentrer résolument.
Dépasser la victimisation pour construire l'avenir
Qu'ils soient de gauche ou de droite, les Iraniens sont collectivement victimes de ce régime. Il est crucial de cesser de se poser en victimes et d'attribuer nos problèmes à des causes extérieures. Le progrès naît de la responsabilité individuelle et collective. La réussite consiste à rendre le pouvoir au peuple en lui faisant comprendre que ce pouvoir est acquis, et non octroyé.
Une fois cette liberté obtenue, la question essentielle est de savoir ce que l'on en fait : défend-on l'intérêt général ou seulement son intérêt personnel ? Cela implique également d'accepter la contradiction et le débat.
Avoir une opinion différente de quelqu'un ne signifie pas être ennemis, mais simplement adversaires politiques. La tolérance et le pluralisme ne sont pas innés. La plus grande leçon nous vient d'Iran même : alors que la diaspora reste parfois marquée par des conflits idéologiques, ces clivages s'estompent largement à l'intérieur du pays. Qu'ils soient de gauche ou de droite, les Iraniens sont collectivement victimes de ce régime. Ils luttent ensemble pour s'en débarrasser, par-delà leurs divergences. C'est un élément fondamental pour l'avenir du pays.
La souffrance transformée en force collective
Vous arrive-t-il de pleurer en écoutant Googoosh, notre grande chanteuse ? Pas seulement elle. Comme je l'ai déclaré à Munich, je ne compte plus les jours où nous avons tous pleuré face aux événements en Iran. Mais ces larmes se transforment en une nécessité impérieuse de poursuivre le combat jusqu'à la victoire.
Cette souffrance et cette peine nous rassemblent dans un discours collectif et une détermination commune. De nombreuses nations ont conquis leur liberté après avoir beaucoup pleuré ; pour nous, ces émotions sont le moteur qui nous pousse à persévérer et à résister.
Le rôle de rassembleur au service de la nation
Êtes-vous conscient d'être une figure consolatrice pour les Iraniens ? Depuis le début de mon engagement, ma seule ligne d'arrivée est le référendum qui décidera de l'avenir du pays. Ce jour-là, ma mission patriotique sera accomplie. Je n'ai jamais recherché le pouvoir personnel, je ne mène pas de campagne individuelle et je n'ai rien à gagner pour moi-même.
Mon plus beau titre est celui de « père de la nation ». À ma naissance, j'étais le fils adopté de tous les Iraniens. À 65 ans, ils me désignent comme leur « père ». C'est un lien organique qui transcende les institutions formelles.
Ce rôle me permet de rassembler, d'apaiser et d'inciter à la participation, loin d'une campagne politique traditionnelle qui exigerait une obéissance aveugle. Je me considère comme un père de famille traitant ses enfants de manière égale, quelle que soit leur orientation politique. J'apprécie le regard qu'ils portent sur moi : ils ne me placent pas sur un piédestal, mais comprennent la fonction symbolique que j'occupe.
Je pense à des figures comme Gandhi en Inde, ou à d'autres personnalités telles que Vaclav Havel, Lech Walesa ou le roi de Bulgarie, qui ont joué un rôle crucial dans l'évolution de leurs pays par pur principe. C'est dans cette fonction de rassembleur que je me sens le plus utile, et j'observe que la diaspora, tout comme les Iraniens de l'intérieur, commence à intégrer pleinement cette dimension.



