Narges Mohammadi, prix Nobel de la paix 2023 emprisonnée en Iran depuis décembre, a été libérée sous caution et transférée dimanche à Téhéran pour recevoir un traitement médical, a annoncé sa fondation. La militante des droits humains, âgée de 54 ans, « a bénéficié d’une suspension de peine contre une caution importante », sans que le montant ne soit divulgué.
Un transfert médical urgent
La prix Nobel a été transportée en ambulance vers un hôpital de Téhéran « pour être soignée par sa propre équipe médicale », a précisé sa fondation. Son avocat iranien, Mostafa Nili, a confirmé sur X qu’elle avait été transférée dimanche matin « à la suite d’une ordonnance suspendant son exécution de peine pour raisons médicales ».
« La vie de Narges Mohammadi ne tient qu’à un fil », a déclaré son époux, Taghi Rahmani, qui réside à Paris, dans un communiqué. « Bien qu’elle soit actuellement hospitalisée à la suite d’une grave défaillance de son état de santé, un transfert temporaire est insuffisant. Narges ne doit en aucun cas être renvoyée dans les conditions qui ont altéré sa santé », a-t-il ajouté.
Des soins spécialisés nécessaires
Sa fondation a déclaré qu’elle avait besoin de soins spécialisés et qu’il fallait « s’assurer qu’elle ne retourne jamais en prison pour purger les 18 années restantes de sa peine ». Narges Mohammadi a subi deux crises cardiaques présumées en prison, le 24 mars puis le 1er mai. Après la dernière, elle a été transportée d’urgence à l’hôpital de Zandjan pour y être soignée. Son comité de soutien à Paris a alors assuré qu’elle risquait de mourir.
Elle a perdu 20 kg en prison et rencontre des difficultés à s’exprimer. Narges Mohammadi est devenue « méconnaissable » par rapport à son état avant sa dernière arrestation, a affirmé mardi son avocate parisienne, Chirinne Ardakani.
Un engagement de longue date
Narges Mohammadi se bat depuis plus de vingt ans contre la peine de mort et le port obligatoire du voile pour les femmes, en critiquant régulièrement le régime depuis la révolution islamique de 1979. Ces 25 dernières années, elle a été à plusieurs reprises condamnée et emprisonnée pour son engagement. Sa dernière arrestation remonte à avant le déclenchement d’un vaste mouvement de contestation contre le pouvoir, auquel celui-ci aurait répondu en faisant des milliers de morts.
Elle a été arrêtée le 12 décembre à Mashhad pour avoir à nouveau, lors d’une cérémonie funéraire, critiqué les autorités religieuses iraniennes. En février, elle a été condamnée à six ans de prison de plus pour atteinte à la sécurité nationale et un an et demi pour propagande contre le système islamique de l’Iran. Elle avait alors mené une grève de la faim d’une semaine pour réclamer le droit de téléphoner.
Appels à la libération
Jeudi, les États-Unis avaient exhorté l’Iran à la libérer, afin de la soigner. « Le monde est témoin », avait écrit sur les réseaux sociaux Riley Barnes, le secrétaire d’État adjoint américain chargé des droits humains. Les jumeaux de Narges Mohammadi, Ali et Kiana Rahmani, qui vivent et étudient à Paris, n’ont pas vu leur mère depuis plus de dix ans et ont reçu le prix Nobel en son nom alors qu’elle était en prison.



