Un an après le meurtre d'Aboubakar Cissé, la question de la perception des victimes musulmanes en France reste brûlante. Le 25 avril 2025, ce jeune homme de 24 ans a été tué à Paris dans des circonstances troubles. Son assassinat a suscité une vague d'émotion, mais aussi des interrogations sur le traitement médiatique et judiciaire réservé aux victimes de confession musulmane.
Un meurtre qui interroge
Aboubakar Cissé, étudiant en droit, a été poignardé en pleine rue dans le 18e arrondissement de Paris. L'agresseur, un homme de 32 ans connu pour des antécédents psychiatriques, a été rapidement interpellé. Selon les premiers éléments de l'enquête, le mobile serait lié à une dispute banale, mais des témoins évoquent des propos islamophobes. Pourtant, la qualification de crime raciste n'a pas été retenue par le parquet, ce qui a provoqué l'incompréhension de la famille et de nombreuses associations.
Un traitement différencié ?
Pour beaucoup, cette affaire illustre un double standard dans la manière dont les victimes sont perçues selon leur religion. « Pour beaucoup, un musulman n'est pas une victime tout à fait comme une autre », dénonce Sarah Benali, porte-parole de l'association Stop Islamophobie. « On minimise la souffrance, on cherche des excuses à l'agresseur, on doute de la victime. C'est un racisme systémique. »
De son côté, le ministère de l'Intérieur a assuré que l'enquête était menée avec rigueur et que la qualification de crime raciste n'était pas exclue si les preuves le justifiaient. Mais pour la famille d'Aboubakar, le mal est fait : « On a l'impression que la vie de mon fils compte moins parce qu'il était musulman », confie son père, Mamadou Cissé.
Un contexte de tensions
Ce meurtre intervient dans un climat de tension autour de l'islam et des musulmans en France. Les polémiques sur les signes religieux, la laïcité et le terrorisme alimentent un discours qui stigmatise une communauté tout entière. « On amalgame tout, on fait de tous les musulmans des suspects potentiels », déplore l'imam de la mosquée de Paris, Dalil Boubakeur. « Résultat, quand un musulman est victime, on a du mal à le voir comme une victime innocente. »
Les chiffres de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) montrent une augmentation des actes islamophobes ces dernières années. En 2024, plus de 1 200 actes ont été recensés, soit une hausse de 20 % par rapport à l'année précédente. Pourtant, les condamnations pour crimes racistes restent rares.
Une mobilisation pour la justice
Un an après le drame, la famille d'Aboubakar Cissé continue de se battre pour que la vérité éclate. Une marche blanche est prévue samedi prochain à Paris pour lui rendre hommage et exiger que son meurtre soit reconnu comme un crime raciste. De nombreuses personnalités politiques et religieuses ont appelé à y participer.
« Nous ne laisserons pas le silence et l'indifférence gagner », affirme l'organisation citoyenne Tous Unis Contre la Haine. « Aboubakar Cissé mérite justice, comme toutes les victimes de crimes racistes. »
L'affaire Cissé est devenue un symbole des luttes contre l'islamophobie et pour l'égalité de traitement devant la justice. Elle rappelle que, derrière les statistiques, il y a des vies brisées et des familles en deuil qui réclament simplement que la loi soit appliquée pour tous, sans distinction.



