Un comité des Nations unies a exprimé de vives inquiétudes concernant ce qu'il qualifie de discrimination ethnique systématique à l'encontre des familles groenlandaises par les autorités danoises. Dans un rapport publié récemment, le Comité pour l'élimination de la discrimination raciale (CERD) pointe notamment des pratiques de placement d'enfants groenlandais dans des familles d'accueil danoises, souvent sans consentement parental et sans considération pour leur culture d'origine.
Des séparations forcées dénoncées
Selon le rapport, entre 2000 et 2020, plus de 200 enfants groenlandais ont été retirés de leurs familles et placés au Danemark, parfois à des centaines de kilomètres de leur lieu de naissance. Ces placements, effectués par les services sociaux danois, sont souvent motivés par des critères vagues comme la « négligence » ou des conditions de vie jugées insuffisantes, sans tenir compte des spécificités culturelles et sociales du Groenland. Le comité onusien estime que ces pratiques violent les droits des enfants et des familles autochtones, et qu'elles s'apparentent à une forme d'assimilation forcée.
Un système discriminatoire
Le rapport souligne également que le Danemark n'a pas mis en place de mécanismes adéquats pour protéger les droits des Groenlandais, qui constituent une minorité autochtone au sein du royaume. Les membres du comité ont noté que les enfants groenlandais placés au Danemark subissent souvent un choc culturel et linguistique, et qu'ils perdent le lien avec leur communauté d'origine. « Ces séparations forcées sont une forme de discrimination ethnique qui doit cesser », a déclaré un porte-parole du CERD.
Réactions du Danemark
Le gouvernement danois a réagi en affirmant prendre ces préoccupations au sérieux, mais a défendu ses politiques de protection de l'enfance, les jugeant conformes aux standards internationaux. « Nous agissons toujours dans l'intérêt supérieur de l'enfant, sans considération ethnique », a déclaré un ministre danois. Cependant, les critiques estiment que cette réponse est insuffisante et que des mesures concrètes doivent être prises pour réformer le système.
Un appel à la réparation
L'ONU recommande au Danemark de reconnaître les torts causés, de présenter des excuses officielles aux familles concernées et de mettre en place un fonds d'indemnisation. Elle appelle également à une révision des critères de placement et à une meilleure formation des travailleurs sociaux sur les droits des autochtones. Des associations groenlandaises saluent ce rapport, espérant qu'il aboutira à des changements significatifs.
Cette affaire rappelle les tensions historiques entre le Danemark et le Groenland, ancienne colonie devenue territoire autonome en 1979, mais où Copenhague conserve un contrôle sur la politique étrangère, la défense et la justice. Les discriminations ethniques perçues alimentent un sentiment indépendantiste croissant au Groenland.



