Loana : au-delà de la téléréalité, une victime de violences systémiques
La découverte inanimée de Loana mercredi dernier soulève une question cruciale : est-elle principalement une victime de l'industrie de la téléréalité, ou avant tout une enfant ayant subi des violences que la société a laissé perdurer ? Dans les colonnes du Monde, Alice Gayraud, ancienne secrétaire générale de la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), apporte un éclairage essentiel sur cette problématique.
Un angle mort dans le récit médiatique
Alice Gayraud reconnaît que le système médiatique est effectivement violent et profondément sexiste, mais elle pointe un angle mort dans le traitement du cas Loana. Elle rappelle que son enfance a été marquée par un père incestueux qui était violent avec sa mère, puis, à l'âge adulte, par des violences émanant de son compagnon.
« En évacuant la généalogie de la violence, on ne regarde que la chute et, irrémédiablement, on perd de vue ce qui l'a rendue possible », explique la militante féministe. Elle appelle à établir un lien clair entre les violences faites aux femmes et les violences commises dans l'enfance, et à examiner les trajectoires brisées de milliers de femmes sous l'angle des sévices subis pendant leur jeunesse.
Le mécanisme de la revictimisation
Les jeunes filles victimes de violences sexuelles dans l'enfance ont trois fois plus de risque de subir des violences tout au long de leur vie, selon Alice Gayraud. Ce phénomène, appelé revictimisation, voit ce chiffre grimper à seize fois lorsque la violence sexuelle est combinée à la violence physique, d'après une étude publiée dans la revue The Lancet.
La revictimisation s'explique par le fait qu'à un âge aussi jeune, les enfants ne sont pas en mesure de mettre à distance l'événement traumatique, qui va profondément impacter leurs schémas mentaux. Les personnes ayant subi ce traumatisme vont, par la suite, associer douleur et sexualité, ou sexualité et violence, ce qui les conduira à accepter plus facilement des situations où le consentement n'est pas présent.
Conséquences sur la santé mentale et sociale
Subir des violences sexuelles dans l'enfance constitue un facteur de risque majeur dans l'apparition de problèmes de santé mentale et d'adaptation psychologique et sociale, comme l'a démontré Santé publique France. Ces traumatismes précoces créent des vulnérabilités qui persistent à l'âge adulte, rendant les victimes plus exposées à de nouvelles violences.
Alice Gayraud conclut avec une interrogation poignante : « Le parcours de Loana est celui de milliers de femmes. Cent soixante mille enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année en France. Combien de ces filles deviendront, sans protection ni prise en charge, des femmes exposées à de nouvelles violences ? »
Cette analyse met en lumière l'urgence de mieux protéger les enfants victimes de violences et d'améliorer leur prise en charge pour briser le cycle infernal de la revictimisation.



