« Jacqueline Manicom, une voix pour les femmes » : un documentaire essentiel sur une figure oubliée
Ce lundi 9 mars 2026, France 3 diffuse un documentaire poignant intitulé « Jacqueline Manicom, une voix pour les femmes ». Réalisé par Martine Delumeau, ce film de 55 minutes redonne vie à une personnalité exceptionnelle, injustement effacée des mémoires collectives. Jacqueline Manicom, sage-femme et militante guadeloupéenne, a pourtant marqué l'histoire des droits des femmes, notamment dans les territoires d'outre-mer.
Une vie dédiée à l'émancipation féminine
Née en Guadeloupe, aînée d'une famille de vingt enfants, Jacqueline Manicom consacre son existence à aider les femmes. À 23 ans, enceinte à Paris d'un interne issu d'une famille bourgeoise, elle fait face pour la première fois au racisme de sa belle-famille. Elle confiera plus tard : « Pour la première fois, je vivais la violence du rejet lié à ma couleur de peau et à mes origines sociales. » Cette expérience douloureuse forge sa détermination à combattre les injustices.
De retour en Guadeloupe, elle œuvre ardemment pour la liberté de la contraception. En 1964, elle fonde le premier centre du Planning familial sur l'île, marquant le début d'un engagement militant profond. Elle s'inspire des écrits de Simone de Beauvoir, avec qui elle entretient une correspondance régulière, et adhère pleinement aux combats féministes de son époque.
Un engagement sans compromis
Jacqueline Manicom rejoint l'association Choisir la cause des femmes, créée par Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir suite au célèbre « manifeste des 343 ». Elle participe activement aux manifestations contre les lois rétrogrades, aide à pratiquer des avortements dans la clandestinité, et témoigne au procès de Bobigny en 1972 aux côtés des accusées.
Dans ses prises de parole et ses écrits, elle dénonce inlassablement le racisme et les disparités de traitement dans le système de santé, soulignant les différences entre patientes « blanches, bourgeoises » et « pauvres et noires ». Son franc-parler lui vaut d'être renvoyée de l'hôpital où elle exerce, après avoir critiqué la manière dont l'institution « creuse, à travers les soins, le fossé entre riches et pauvres ».
Un héritage précieux et une fin tragique
Fière d'avoir mis au monde plus de 6 000 bébés, Jacqueline Manicom laisse derrière elle un héritage immense. Pourtant, vers la fin de sa vie, elle est assaillie par le doute, écrivant : « Il m'arrive de plus en plus souvent d'être submergée par une langueur qui tend vers la tristesse... J'ai 41 ans, où ai-je échoué ? Ai-je suffisamment fait pour les femmes ? Tout cela en valait-il la peine ? » Peu après, en 1976, elle met tragiquement fin à ses jours.
Le documentaire, diffusé à l'occasion de la Journée internationale des Droits des Femmes, utilise habilement des images d'archives, des témoignages de proches et de militantes comme l'écrivaine Claude Servan-Schreiber, ainsi que les propres paroles de Jacqueline Manicom. Il offre un hommage nécessaire à cette pionnière dont le combat résonne encore aujourd'hui.
Diffusion : Lundi 9 mars 2026 à 23h35 sur France 3. Documentaire disponible en replay sur france.tv.



