Polynésie : 15 chercheurs dénoncent le huis clos d'un colloque sur la souveraineté océanienne
Huis clos d'un colloque en Polynésie : 15 chercheurs s'indignent

Polynésie française : un colloque sur la souveraineté en Océanie tenu à huis clos provoque l'indignation de quinze chercheurs

Quinze chercheurs ont exprimé leur vive indignation face à la décision d'organiser en huis clos un colloque universitaire consacré à la souveraineté en Océanie, qui se déroule actuellement à Tahiti. Dans une tribune rendue publique mardi, ces universitaires dénoncent avec fermeté ce qu'ils qualifient de « verrouillage inacceptable » des débats académiques, une mesure qui exclut les étudiants, le grand public et les médias de cet événement scientifique.

Une atteinte flagrante à la liberté académique

« Nous dénonçons sans réserve cette atteinte à la liberté académique, une liberté fondamentale pour le progrès des connaissances », ont déclaré les chercheurs par l'intermédiaire de l'anthropologue Patrice Godin. Celui-ci a lu leur tribune collective juste avant l'ouverture officielle des travaux au sein de l'Université de la Polynésie française (UPF), soulignant l'importance cruciale de l'ouverture des institutions universitaires à tous les citoyens.

Fred Constant, professeur des universités en science politique à l'Université des Antilles, a confié sa surprise face à cette fermeture au public : « Nous avons été tous surpris du fait que notre réunion soit fermée au public, et que seuls les chercheurs y aient accès, sans raison donnée si ce n'est des pressions présumées des autorités étatiques. Nous le désapprouvons fermement car l'université doit rester un espace ouvert à tous, un lieu de dialogue et de transmission du savoir. »

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Des réactions politiques vives et des justifications controversées

Le président de la Polynésie française, Moetai Brotherson, a pour sa part affirmé devant les chercheurs en ouverture du colloque : « Si l'État aujourd'hui, en 2026, se sent mis en danger par un simple colloque universitaire, c'est que quelque chose ne va pas dans notre système républicain et démocratique. » Cette déclaration souligne les tensions persistantes entre les autorités locales et l'État central sur les questions de souveraineté.

La députée indépendantiste Mereana Reid-Arbelot a également réagi avec véhémence : « Enfermer ces échanges, entraver la recherche et la circulation du savoir ne fera pas disparaître les questions, bien au contraire, la méthode en soulève d'autres, plus inquiétantes encore. » Elle a adressé un courrier de protestation officiel au président de la République pour exprimer son désaccord.

En revanche, Sémir Al Wardi, professeur des universités à l'UPF, a tenté de tempérer les critiques en expliquant : « Le huis clos n'a pas été exigé par les autorités, c'est moi qui l'ai proposé parce que l'État s'est beaucoup inquiété des répercussions potentielles sur les questions calédoniennes, qui sont actuellement très sensibles. »

La souveraineté, un enjeu brûlant dans le Pacifique français

La question de la souveraineté reste extrêmement sensible dans les collectivités françaises du Pacifique, où les mouvements indépendantistes gagnent progressivement en influence. En Polynésie française, le parti indépendantiste a remporté les élections territoriales de 2023, portant au pouvoir le modéré Moetai Brotherson. En Nouvelle-Calédonie, les violentes émeutes de 2024 ont plongé le territoire dans une crise politique et sociale durable, avec le FLNKS, l'une des principales formations indépendantistes, refusant toujours de signer les accords de Bougival proposés par Paris comme compromis.

Les chercheurs ont insisté dans leur tribune : « C'est précisément pour éclairer ces débats complexes, et non pour les soustraire à la discussion publique, que la recherche universitaire doit pouvoir s'exprimer librement et ouvertement. » Malgré ces appels, le Haut-commissaire de la République en Polynésie française n'a pas souhaité répondre aux sollicitations des médias, laissant planer un silence officiel sur cette polémique.

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