Hongkong condamne Jimmy Lai à vingt ans de prison pour collusion et sédition
Hongkong condamne Jimmy Lai à vingt ans de prison

Hongkong condamne Jimmy Lai à vingt ans de prison pour collusion et sédition

Un tribunal de Hongkong a prononcé, lundi 9 février, une peine totale de vingt ans de prison contre Jimmy Lai, l'homme d'affaires et ex-magnat des médias prodémocratie. Il a été reconnu coupable de collusion avec l'étranger et de publication séditieuse, des accusations qui pouvaient entraîner la prison à vie. Cette décision intervient malgré les pressions répétées du Royaume-Uni, des États-Unis et de divers défenseurs des droits humains en faveur de sa libération immédiate.

Une condamnation dénoncée par la communauté internationale

Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Volker Türk, a vivement déploré cette sentence. Il a exigé la libération immédiate de Jimmy Lai pour des raisons humanitaires, soulignant son âge avancé, son état de santé précaire et les plus de quatre années déjà passées en détention. Dans un document récapitulatif, les juges ont justifié la peine en évoquant une conduite criminelle grave, lors d'une audience qui n'a duré que quelques minutes.

Jimmy Lai, présent dans le box des accusés, est resté impassible lors de la lecture du jugement. Alors qu'il était emmené, il a salué d'un geste de la main, le visage grave, son épouse Teresa et d'anciens reporters d'Apple Daily, le journal prodémocratie qu'il avait fondé et qui est aujourd'hui fermé. Interrogé par l'Agence France-Presse sur ses attentes, son avocat a répondu avec amertume : Je ne sais plus à quoi m'attendre de nos jours.

Un procès marqué par des accusations de répression

Jimmy Lai avait été déclaré coupable le 15 décembre 2025 de trois chefs d'accusation, à l'issue d'un procès que les défenseurs des droits humains considèrent comme la fin de la liberté de la presse à Hongkong. Les poursuites s'appuyaient sur la loi sur la sécurité nationale imposée par la Chine après les manifestations prodémocratie, parfois violentes, de 2019. Le tribunal a inclus dans les vingt ans d'emprisonnement deux années d'une peine précédente pour fraude, ce qui signifie qu'il purgera de fait dix-huit années supplémentaires.

Dans un jugement de 856 pages, les magistrats ont affirmé que l'ex-magnat de 78 ans avait nourri sa rancœur et sa haine envers la Chine pendant une grande partie de sa vie d'adulte et cherché à renverser le Parti communiste chinois. L'accusation le présentait comme le cerveau de complots visant à inciter des pays étrangers à des actes hostiles contre Hongkong ou la Chine, notamment par des sanctions ou un blocus. Jimmy Lai avait plaidé non coupable et est détenu depuis 2020, souvent à l'isolement, une mesure que les autorités justifient par sa demande, mais que sa famille conteste en raison de sa santé déclinante.

Réactions politiques et familiales

Détenteur d'un passeport britannique, Jimmy Lai a suscité des réactions diplomatiques fortes. La ministre des affaires étrangères britannique, Yvette Cooper, a promis d'intervenir davantage et sans délai, affirmant que le Royaume-Uni se tient au côté du peuple de Hongkong. Le premier ministre travailliste, Keir Starmer, a évoqué le dossier lors de sa visite en Chine fin janvier, lors d'entretiens avec le président chinois, Xi Jinping. L'ancien président américain Donald Trump a également exprimé son souhait de voir Jimmy Lai libéré.

Les organisations de défense des droits humains ont exprimé leur consternation. Amnesty International a qualifié la peine d'attaque de sang-froid contre la liberté d'expression, illustrant le démantèlement systématique des droits à Hongkong. Human Rights Watch a estimé que cette lourde sentence équivalait, de fait, à un arrêt de mort pour l'octogénaire. Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a dénoncé un procès qui n'a été qu'une mascarade du début à la fin.

Défense et soutien familial

La famille de Jimmy Lai a vivement dénoncé la sentence. Son fils, Sebastien Lai, a déclaré dans un communiqué que condamner son père à une peine aussi draconienne était dévastateur pour notre famille et met sa vie en danger, marquant la destruction totale du système judiciaire de Hongkong et la fin de la justice. Sa fille, Claire, a regretté une peine cruelle compte tenu de sa santé déclinante, estimant que s'il la purge, il mourra en martyr derrière les barreaux.

Les autorités hongkongaises assurent que ce cas n'a rien à voir avec la liberté d'expression ou la presse. Pékin a affirmé soutenir fermement Hongkong dans la défense de la sécurité nationale et la répression des actes criminels. Le conseil des affaires continentales taïwanais a critiqué cette approche, accusant la Chine et Hongkong d'inclure l'influence des médias et les connexions internationales dans le champ de la sécurité nationale pour créer l'effroi.