Haïti : les frappes de drones anti-gangs font des dizaines de victimes civiles
L'organisation non gouvernementale Human Rights Watch (HRW) a publié un rapport accablant mardi, dénonçant les conséquences dramatiques des frappes de drones menées à grande échelle par Haïti dans sa lutte contre les gangs criminels. Selon l'ONG, ces opérations ont causé la mort d'au moins 60 personnes qui n'appartenaient pas à des groupes criminels, dont 17 enfants, en moins d'un an.
Un bilan humain alarmant en moins d'un an
Le rapport de HRW documente précisément les pertes civiles survenues entre le 1er mars 2025 et le 21 janvier 2026. Au moins 43 adultes et 17 enfants ont été tués lors de 141 opérations de drones équipés d'explosifs, principalement dans des zones urbaines densément peuplées de la capitale Port-au-Prince. Ces frappes ont également blessé au moins 49 personnes non impliquées dans les activités criminelles.
Juanita Goebertus, directrice de la division Amériques à HRW, déplore cette situation : "Des dizaines de personnes ordinaires, dont de nombreux enfants, ont été tuées et blessées lors d'opérations de drones meurtrières. Ces frappes ajoutent une nouvelle dimension aux violences qui dévastent déjà les communautés depuis des années."
Des opérations qui s'intensifient
L'ONG souligne que les frappes de drones se sont considérablement intensifiées ces derniers mois. À Port-au-Prince, leur nombre a quasiment doublé entre novembre et fin janvier par rapport au trimestre précédent, passant de 29 à 57 opérations. Cette escalade crée un climat de terreur parmi les habitants.
Une commerçante témoigne de l'angoisse quotidienne : "Je vis avec cette peur, cette anxiété, tout le temps. On voit des drones dans le ciel à longueur de journée." Cette peur constante s'ajoute à la violence endémique des gangs, qui ont tué près de 6 000 personnes en 2025 selon les Nations Unies.
Des cas particulièrement tragiques
Le rapport détaille plusieurs incidents spécifiques, dont une frappe particulièrement meurtrière survenue le 20 septembre 2025. Près d'un complexe récréatif de Port-au-Prince, neuf enfants âgés de trois à douze ans ont perdu la vie lors d'une opération de drone.
HRW précise que ces opérations sont menées par une force anti-gang créée en remplacement d'une mission onusienne de soutien à la police haïtienne. Cette force opère avec l'entreprise militaire privée Vectus Global, dont le patron américain Erik Prince a confirmé avoir signé un contrat d'un an avec le gouvernement de transition haïtien début 2025.
Une méthodologie rigoureuse
Pour documenter son rapport, HRW s'est appuyée sur :
- Des témoignages de proches de victimes
- Des entretiens avec des acteurs communautaires et des médecins
- L'analyse d'images et de vidéos géolocalisées
- Des données officielles et des déclarations publiques
Cette enquête approfondie met en lumière les conséquences humanitaires désastreuses d'une stratégie militaire qui, selon l'ONG, ne fait pas suffisamment la distinction entre combattants et civils dans un pays déjà ravagé par des années de violence criminelle.



