Le fonds souverain norvégien coupe les ponts avec Bolloré pour des raisons éthiques
Dans une décision majeure, le fonds souverain norvégien a officiellement annoncé son désengagement total de la société Bolloré et de sa holding, la Compagnie de l'Odet. Cette exclusion, effective depuis 2025, fait suite à des préoccupations éthiques graves concernant les violations des droits humains dans les plantations d'huile de palme au Cameroun. La Banque de Norvège, gestionnaire du fonds, a confirmé cette mesure dans son rapport annuel sur les investissements responsables publié le 26 février.
Une enquête de terrain accablante
Le conseil éthique du fonds souverain norvégien a mené une enquête approfondie sur le terrain avant de recommander l'exclusion du groupe Bolloré. Les conclusions sont sans appel : des violations graves des droits humains ont été constatées dans les plantations d'huile de palme au Cameroun. Ces abus, dénoncés depuis des années par les communautés locales et les organisations non gouvernementales, ont finalement conduit à cette décision radicale.
Une trentaine d'organisations locales et internationales, dont Grain et Sherpa, ont salué cette initiative. Dans un communiqué commun, elles rappellent que les agriculteurs camerounais et leurs défenseurs avaient saisi le point de contact de l'OCDE dès 2010 pour dénoncer ces pratiques. Malgré les alertes répétées, la situation n'a pas évolué favorablement sur le terrain.
Socfin au cœur des accusations
Les violations sont principalement liées aux activités de la Société Financière des Caoutchoucs (Socfin), une entreprise plus que centenaire dont le groupe Bolloré est actionnaire minoritaire. Socfin gère des plantations de palmiers à huile et d'hévéas au Cameroun, et est accusée d'encourager l'accaparement de terres ainsi que divers abus envers les populations locales.
Le collectif d'organisations précise que les violations du droit sont directement associées aux activités de Socfin, qui entretient des liens étroits avec la Compagnie de l'Odet SE et Bolloré SE. Malgré les engagements annoncés par Bolloré dès 2013, aucune amélioration concrète n'a été observée sur le terrain. Les efforts du groupe se sont plutôt concentrés sur une bataille médiatique contre les investigations menées sur ses activités en Afrique.
Un dialogue infructueux
Avant d'en arriver à l'exclusion définitive, le Conseil exécutif du fonds souverain norvégien avait tenté d'engager un dialogue avec Bolloré et la Compagnie de l'Odet. L'objectif était de discuter de leur gestion des risques liés aux droits humains, aux violences sexuelles, au harcèlement et aux violations des droits du travail. Cependant, ce dialogue n'a pas abouti à des changements significatifs, conduisant à la décision finale de désengagement.
À la fin de l'année 2024, le fonds souverain norvégien détenait des titres de Bolloré SE d'une valeur de 90 millions de dollars. Cette exclusion représente donc un signal fort envoyé aux marchés financiers concernant l'importance des critères éthiques dans les investissements. Contactés pour réagir à cette annonce, les représentants du groupe Bolloré n'ont pas immédiatement répondu aux sollicitations.
Cette décision du fonds souverain norvégien, l'un des plus importants au monde, pourrait inspirer d'autres investisseurs institutionnels à renforcer leurs exigences en matière de responsabilité sociale et environnementale. Elle met également en lumière les défis persistants liés à l'industrie de l'huile de palme en Afrique, où les conflits fonciers et les violations des droits humains restent des préoccupations majeures pour les communautés locales et les défenseurs des droits.



