Fernand Peyronnet, un héros discret honoré pour son courage durant la guerre
Le 16 mars 2003, à l'âge de 82 ans, Fernand Peyronnet a reçu la médaille des Justes parmi les Nations, une distinction décernée par le mémorial Yad Vashem pour ses actions héroïques durant la Seconde Guerre mondiale. Originaire de Festalemps, en Dordogne, il a joué un rôle crucial en faisant passer des familles juives et d'autres personnes en zone libre, entre Festalemps et Ribérac, dans le département 24.
Un acte de bravoure considéré comme « normal »
Comme beaucoup de Justes, Fernand Peyronnet fait preuve d'une grande humilité. Il explique que ses actions n'étaient rien d'extraordinaire : « J'avais 20 ans, c'était un amusement, cela n'avait rien d'extraordinaire. » Durant plusieurs mois, il a guidé des familles juives vers la sécurité, mais son aide ne s'est pas limitée à cela. « Je n'ai pas passé que des Juifs. Il y a eu des républicains espagnols, des Alsaciens et même des footballeurs des Girondins de Bordeaux ou tout simplement des gens de la commune qui voulaient aller embrasser un parent de l'autre côté de la ligne. » Il n'a jamais demandé de compensation, pas même une cigarette, agissant par pure humanité.
Le profil idéal pour une mission périlleuse
Son village, Festalemps, était stratégiquement situé au bord de la ligne de démarcation, à quelques kilomètres seulement de la zone non occupée vers Ribérac. Fernand a accepté cette mission sur la proposition de son instituteur, Henri Neyat, qui dirigeait la filière d'évasion. Il avait le profil parfait : natif de la commune, il connaissait intimement les champs et les bois de la région, était le seul jeune homme de 20 ans capable de mener cette tâche et faisait preuve d'une absence de peur remarquable.
Un héros furtif face aux dangers
Fernand opérait dans l'ombre, sans que même ses parents ne soient au courant de ses activités. « On partait à minuit. La nuit, on se défend mieux. L'inconvénient, c'est qu'ils tiraient à vue. Et qu'ils avaient des chiens… J'ai fait des passages en pagaille. Le plus difficile, c'est quand on passait des familles entières, avec des personnes âgées. » Il a poursuivi cette mission pendant des mois, jusqu'à ce qu'il soit envoyé en service de travail obligatoire (STO) dans les Sudètes, une région tchèque annexée par le Reich. Il s'est évadé à la première occasion et a rejoint la Résistance en Tchécoslovaquie, participant même à la libération de Prague avant l'arrivée des troupes russes.
Retour à la vie normale et reconnaissance tardive
Après la guerre, Fernand est retourné à sa vie de paysan, sans jamais évoquer son passé héroïque. Tout a changé lorsqu'une voiture américaine est arrivée dans sa cour de ferme, avec des personnes dont il avait sauvé la famille, parties ensuite aux États-Unis. Grâce à des circonstances fortuites, notamment le témoignage d'Isidore Drabinowski, un Juif qu'il avait aidé à échapper aux nazis, et l'intervention d'amis auprès du comité français de Yad Vashem, Fernand a été reconnu « Juste parmi les Nations » le 11 octobre 2001. La cérémonie officielle a eu lieu le 16 mars 2003 à Festalemps, où le consul général d'Israël à Paris lui a remis sa médaille. Il a sauvé au moins sept familles et a déclaré : « Henri (Neyat) méritait la médaille autant que moi. Quant aux enfants (de l'école primaire), j'ai tenu à ce qu'ils soient là. Bientôt, je serai trop vieux pour raconter. Alors, il faudra qu'ils se souviennent. »



