Fanny Paloma dévoile « Pilleurs de terre », un documentaire engagé contre l'accaparement des terres
La réalisatrice Fanny Paloma, d'origine chilienne et parisienne de naissance, présente un documentaire percutant intitulé « Pilleurs de terre ». Ce film met en lumière les communautés du Cambodge et du Cameroun dont les modes de vie traditionnels sont menacés par les activités du groupe Bolloré, à travers sa filiale Socfin. Le documentaire sera projeté le vendredi 27 mars à 18 heures au cinéma Les Montreurs d'Images à Agen, dans le cadre du festival Le Printemps des droits humains.
Une vocation entre journalisme et cinéma pour défendre les droits
Fanny Paloma a longtemps hésité entre le journalisme et le cinéma, avec une formation de comédienne et une école de journalisme inachevée. Sa motivation première était de réaliser un documentaire sur les luttes des Mapuches au Chili, mais elle a finalement orienté son travail vers les Bunongs au Cambodge, découvrant des similitudes frappantes dans les défis auxquels ces communautés autochtones font face.
« Je souhaitais surtout réaliser un documentaire sur les luttes pour la terre des communautés autochtones au Chili, les Mapuches. Puis, j'ai entendu parler des Bunongs, une communauté autochtone du Cambodge. Je suis allée sur place et j'ai constaté beaucoup de similitudes avec mon projet », explique-t-elle.
Les « accapareurs de terre » : une menace pour les sociétés locales
Dans son film, Fanny Paloma dénonce les « accapareurs de terre », des sociétés qui installent des plantations ou des mines, souvent pour exporter des produits vers l'Europe. Ces activités ne se contentent pas de rendre les terres arides et non fertiles à cause de la monoculture, mais elles détruisent aussi les cultures humaines locales.
« Elles ne se contentent pas de rendre la terre aride, sèche, non fertile en créant de la monoculture, mais elles détruisent aussi des cultures humaines », souligne la cinéaste. Les communautés affectées voient leur cohésion sociale ébranlée, tombent dans la pauvreté et sont parfois contraintes de se déplacer, perdant ainsi leur pharmacopée traditionnelle et leurs pratiques agricoles ancestrales.
Pourquoi le Cambodge et le Cameroun ?
Le choix de ces deux pays n'est pas anodin. Les communautés rencontrées par Fanny Paloma sont toutes deux confrontées aux activités de Socfin, une société basée au Luxembourg et filiale du groupe Bolloré. Socfin exploite des plantations d'huile de palme au Cameroun et de caoutchouc au Cambodge.
La loi française sur le devoir de vigilance, votée en 2017, a permis à ces populations d'identifier le groupe Bolloré et de lui demander des comptes. Bien que les Bunongs aient perdu un premier procès sur la forme, les procès sur le fond n'ont pas encore eu lieu, tant au Cambodge qu'au Cameroun. Fanny Paloma s'interroge : « Mais s'ils gagnent, peut-on rétrocéder une terre sur laquelle il y a eu de la monoculture pendant quinze ans ? Et les lieux sacrés, eux, ne reviendront pas ».
Un tournage discret face aux pressions
Le tournage s'est déroulé dans des conditions souvent précaires, avec une petite équipe et une approche discrète pour éviter les pressions. Fanny Paloma raconte : « Pas vraiment parce que j'ai tourné avec une petite équipe, souvent à deux, et nous agissions rapidement et discrètement ». Cependant, la peur régnait dans les villages, où les habitants étaient effrayés par la police locale et hésitaient à parler.
Au Cameroun, une femme l'a introduite dans des villages reculés entourés de champs de palme, mais les craintes pour la sécurité des témoins étaient constantes. Le groupe Bolloré n'a été contacté qu'à la fin du tournage, sans montrer d'intérêt pour le projet.
Des difficultés de production et de diffusion
Le nom de Bolloré a effrayé de nombreux producteurs et diffuseurs potentiels. Fanny Paloma confie : « À tous… Personnellement, sur cinq ans, je n'ai jamais rencontré de producteurs ou de diffuseurs qui ont voulu me suivre ». Ce n'est qu'en phase de postproduction qu'une coproduction s'est engagée à fond pour finaliser le film.
Le documentaire est désormais disponible sur des plateformes comme Prime Video, Plex et Pick Relay, avec une quinzaine de dates de projection prévues en France et en Suisse. Fanny Paloma, également photographe, insiste sur le fait que son travail n'est pas une enquête journalistique classique : « Tout ce que je raconte dans le film, je l'ai trouvé par des recherches qui sont publiques ». Elle a accumulé 95 heures de rush et privilégié les témoignages de personnes rarement entendues, tout en démystifiant certains clichés sur les communautés autochtones.



