La Cour pénale internationale examine le dossier de l'ex-président philippin Rodrigo Duterte
La Cour pénale internationale (CPI) a entamé lundi des audiences cruciales concernant les crimes reprochés à l'ancien président philippin Rodrigo Duterte, âgé de 80 ans. Ces procédures portent spécifiquement sur sa campagne meurtrière contre les consommateurs et trafiquants de drogue durant son mandat à la tête des Philippines.
Une procédure judiciaire historique à La Haye
À l'issue de quatre jours d'audiences consacrées à la confirmation des charges, la juridiction internationale basée à La Haye devra déterminer si l'ancien homme fort de Manille, inculpé de trois chefs de crimes contre l'humanité, devra faire face à un procès complet. La Cour dispose d'un délai de 60 jours pour rendre sa décision officielle.
Rodrigo Duterte, qui a dirigé les Philippines de 2016 à 2022, ne s'est pas présenté lundi et sera absent toute la semaine. La Cour a en effet approuvé vendredi sa demande de renoncer à son droit de comparaître personnellement.
Réactions contrastées des manifestants philippins
Des groupes rivaux de manifestants philippins campaient déjà devant le tribunal avant le début des audiences. Patricia Enriquez, chercheuse de 36 ans, a qualifié ce moment d'historique pour les victimes.
« C'est émouvant. C'est porteur d'espoir. C'est aussi très douloureux », a déclaré cette militante. « J'espère que tous les Philippins et tous les habitants de la planète se tiendront à nos côtés, se tiendront aux côtés de la vérité, se tiendront aux côtés de la justice et se tiendront aux côtés de la responsabilité ».
Aldo Villarta, un chef cuisinier de 35 ans, a quant à lui exprimé une perspective différente, estimant que le jugement d'un ancien dirigeant par un tribunal international représentait une « gifle » pour les Philippines. « Nous avons déjà tellement souffert de la colonisation », a-t-il déclaré, ajoutant que les droits humains de Rodrigo Duterte étaient bafoués par son emprisonnement.
Les accusations détaillées contre l'ancien président
L'ancien chef d'État a été arrêté à Manille le 11 mars 2025 sous l'administration de son successeur Ferdinand Marcos Jr. Transféré par avion vers les Pays-Bas la même nuit, il est détenu depuis à la prison de Scheveningen, près de la mer du Nord.
Les accusations portent sur trois séries distinctes de meurtres :
- Le premier chef concerne la participation présumée de Rodrigo Duterte en tant que coauteur à 19 meurtres commis entre 2013 et 2016, lorsqu'il était maire de Davao, l'une des principales villes du sud de l'archipel philippin.
- Le deuxième chef se rapporte à 14 meurtres de prétendues « cibles de haute valeur » en 2016 et 2017, période durant laquelle il occupait la présidence.
- Le troisième chef porte sur 43 meurtres commis à travers les Philippines lors d'opérations de « nettoyage » entre 2016 et 2018, visant des consommateurs ou revendeurs de drogue présumés.
La défense et le contexte international
Rodrigo Duterte nie fermement toutes les accusations, comme l'a affirmé son avocat Nicholas Kaufman à la presse avant le début des audiences. Les groupes de défense des droits humains estiment pour leur part que les exécutions extrajudiciaires liées à la campagne antidrogue ont conduit à la mort de dizaines de milliers de personnes, majoritairement issues de milieux défavorisés.
Ces victimes ont été tuées par des policiers et des groupes d'autodéfense, souvent sans preuve tangible de leur implication dans le trafic de drogue. Bien que la justice expéditive de Rodrigo Duterte ait été condamnée à l'étranger, elle a néanmoins bénéficié du soutien de dizaines de millions de Philippins durant son mandat.
L'organisation non gouvernementale Human Rights Watch a qualifié ces audiences d'« étape décisive pour garantir la justice aux victimes de la guerre contre la drogue aux Philippines ». Un contexte juridique complexe entoure cette affaire : les Philippines ont quitté la CPI en 2019 sur instructions de Rodrigo Duterte, mais la Cour a jugé qu'elle conservait sa compétence pour les crimes présumés commis dans le pays entre 2011 et 2019.
La défense a fait appel de cette décision, dont l'issue reste en suspens. Cette affaire survient alors que la CPI fait face à d'intenses pressions politiques internationales, notamment deux vagues de sanctions américaines imposées depuis juin 2025.



