Dans un entretien accordé au Monde, Marie-Laure Denis, présidente de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL), a souligné le rôle crucial de l'État dans la protection des données personnelles des Français. Selon elle, l'État doit montrer l'exemple en matière de respect de la vie privée, d'autant plus qu'il collecte et traite une quantité massive de données.
Une responsabilité exemplaire
Marie-Laure Denis rappelle que l'État est le premier collecteur de données en France, via les administrations, les services publics et les fichiers d'État. Cette position lui confère une responsabilité particulière : « L'État doit être exemplaire dans la protection des données qu'il détient, car il s'agit de la vie privée de millions de citoyens. » Elle insiste sur la nécessité de renforcer la confiance des citoyens dans le traitement de leurs informations personnelles par les pouvoirs publics.
Les défis actuels
La présidente de la CNIL identifie plusieurs défis majeurs. D'abord, la multiplication des fichiers d'État, comme le fichier des titres électroniques sécurisés ou le fichier de traitement des antécédents judiciaires, qui doivent être strictement encadrés. Ensuite, l'utilisation croissante de l'intelligence artificielle dans l'administration, qui pose des questions éthiques et juridiques. Enfin, la cybersécurité : les attaques contre les systèmes d'information de l'État sont en hausse, et les données des citoyens doivent être protégées en conséquence.
Des sanctions renforcées
Marie-Laure Denis rappelle que la CNIL peut infliger des amendes aux administrations qui ne respectent pas le Règlement général sur la protection des données (RGPD). Elle cite l'exemple d'une sanction de 50 millions d'euros infligée à Google en 2019, mais souligne que les administrations publiques ne sont pas à l'abri. « Nous avons déjà sanctionné plusieurs ministères pour des manquements. L'objectif n'est pas de punir, mais de faire évoluer les pratiques. »
Un appel à la vigilance
La présidente de la CNIL appelle également à la vigilance quant aux projets de loi qui pourraient étendre les pouvoirs de surveillance de l'État. Elle cite le projet de loi sur le renseignement, qui prévoit des mesures d'écoutes et de surveillance de masse. « Il est essentiel que ces mesures soient proportionnées et respectueuses des libertés individuelles. »
Le rôle des citoyens
Enfin, Marie-Laure Denis encourage les citoyens à être acteurs de leur vie privée. « Chacun peut exercer ses droits : accès, rectification, opposition, effacement des données. La CNIL met à disposition des outils pour faciliter ces démarches. » Elle rappelle que la protection des données est un enjeu démocratique fondamental.
Cet entretien intervient alors que la CNIL célèbre ses 45 ans d'existence. L'institution, créée en 1978, a vu son rôle renforcé avec l'entrée en vigueur du RGPD en 2018. Aujourd'hui, elle se prépare à relever de nouveaux défis, notamment liés à l'intelligence artificielle et à la surveillance de masse.



