Burkina Faso : un rapport accablant révèle des massacres systématiques de civils par l'armée et les djihadistes
Burkina Faso : massacres systématiques de civils par l'armée et djihadistes

Un rapport accablant sur les atrocités au Burkina Faso

Le travail de recherche minutieux mené pendant deux ans par l'ONG Human Rights Watch (HRW) révèle des preuves irréfutables concernant les nombreux massacres et exactions contre des civils qui se poursuivent au Burkina Faso. Plus de 1 800 civils ont été tués entre janvier 2023 et août 2025 lors de 57 incidents documentés dans 11 régions du pays, perpétrés à la fois par les forces armées burkinabè et leurs milices affiliées, les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP), et par le groupe armé islamiste JNIM (Groupe de soutien à l'Islam et aux musulmans, allié à Al-Qaïda). Des dizaines de milliers de personnes ont également été déplacées de force dans ce contexte de violence généralisée.

Une stratégie délibérée de répression

Le rapport de plus de 300 pages publié le 2 avril, intitulé « "Personne ne pourra s'échapper" : Crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis par tous les camps au Burkina Faso », documente ces violations graves des droits humains en s'appuyant sur les témoignages de plus de 450 personnes recueillis entre mars 2023 et février 2026. Les investigations couvrent plusieurs pays de la région, dont le Bénin, la Côte d'Ivoire, le Ghana et le Mali, et sont complétées par l'analyse d'images satellites, d'enregistrements audiovisuels et de divers documents.

Philippe Bolopion, directeur exécutif de HRW, déplore : « L'ampleur des atrocités commises au Burkina Faso est stupéfiante, tout comme le manque d'attention mondiale portée à cette crise. La junte commet elle-même des abus atroces, ne prend aucune mesure pour traduire en justice les responsables des deux camps et limite la diffusion d'informations afin de dissimuler les souffrances des civils pris dans les violences. »

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Violences systématiques des deux camps

Les abus atroces et répétés par les deux camps témoignent de l'intensification des violences depuis le début des insurrections djihadistes en 2016. Entre janvier 2023 et avril 2025, 1 255 civils (dont 193 enfants) ont été tués par l'armée et les VDP, tandis que 582 personnes (dont 15 enfants) ont été victimes du JNIM entre janvier 2023 et août 2025.

Les faits rapportés ne constituent pas des actes de représailles isolés, mais résultent d'une stratégie de répression systématique mise en place par les deux parties. Les chaînes de commandement impliquent le plus haut sommet de l'État burkinabè ainsi que le commandement du groupe armé islamiste. Ibrahim Traoré et six autres hauts gradés militaires, ainsi que le dirigeant du JNIM Iyad Ag Ghaly et quatre de ses commandants, pourraient être tenus responsables de ces graves violations.

Ciblage ethnique des communautés peules

Si tous les civils sont victimes des massacres, les communautés peules sont particulièrement visées par les forces gouvernementales et les VDP. Deuxième groupe ethnique du pays représentant environ 8% de la population, les Peuls sont accusés de soutenir l'insurrection du JNIM et victimes de stéréotypes récurrents.

Un amalgame dangereux faisant de tous les Peuls des djihadistes s'est opéré, sans distinction entre combattants du JNIM et civils. HRW parle de « nettoyage ethnique » en cours, alimenté par des déclarations stigmatisantes des hauts dirigeants, dont le président Ibrahim Traoré lui-même.

Un climat d'impunité totale

Sous la junte militaire du capitaine Traoré, les abus, la répression et l'impunité se sont généralisés. Aucun responsable des abus, ni des forces armées ni du JNIM, n'a été traduit en justice jusqu'à présent, à l'exception de six VDP condamnés pour meurtres et mutilation de cadavre en novembre 2025.

Face à l'inaction des pouvoirs burkinabè, HRW réclame à la Cour Pénale Internationale (CPI) l'ouverture d'un examen préliminaire sur les crimes de guerre et contre l'humanité présumés de toutes les parties du conflit depuis septembre 2022. L'ONG lance également un appel à la communauté internationale pour s'attaquer à ces violations et promouvoir la reddition des comptes.

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Une crise humanitaire majeure

Le nombre réel de pertes civiles dans le conflit au Burkina Faso reste inconnu, faute de mécanisme en place pour recenser les victimes. L'Armed Conflict Location & Event Data (ACLED) recense au moins 10 600 civils tués depuis 2016, mais ce chiffre apparaît très sous-estimé : 56% des cas rapportés par HRW n'étaient pas comptabilisés dans ces données.

Selon les Nations unies, le conflit armé a déplacé plus de 2 millions de personnes et entraîné une crise alimentaire touchant plus de 6,3 millions de personnes (dont la moitié d'enfants) en 2024. Le conflit dans la région centrale du Sahel a provoqué la mort de dizaines de milliers de civils, entraînant l'une des crises humanitaires les plus graves au monde.