Un artiste franco-libanais porte plainte en France pour crime de guerre après la mort de ses parents
Artiste franco-libanais porte plainte pour crime de guerre en France

Un artiste franco-libanais saisit la justice française après la mort de ses parents dans un bombardement

Ali Cherri, artiste franco-libanais de renommée internationale, a déposé plainte jeudi avec constitution de partie civile auprès du pôle crimes contre l'humanité du tribunal judiciaire de Paris. Cette action judiciaire, menée conjointement avec la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), vise à obtenir l'ouverture d'une enquête pour crime de guerre suite au bombardement israélien qui a coûté la vie à ses parents et cinq autres civils à Beyrouth.

Une tragédie familiale au cœur des hostilités

Le 26 novembre 2024, quelques heures seulement avant l'entrée en vigueur d'un accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, un immeuble résidentiel de douze étages situé dans le quartier de Noueiri, au centre de Beyrouth, a été bombardé. Parmi les sept victimes civiles se trouvaient les parents d'Ali Cherri, âgés de 87 et 77 ans, qui vivaient dans cet immeuble où l'artiste a grandi.

« La justice ne va pas me rendre mes parents, mais j'espère qu'elle permettra de sortir du cycle de l'impunité », a déclaré l'artiste, aujourd'hui installé à Paris mais profondément marqué par cette tragédie. Ali Cherri, dont les œuvres sont exposées dans des institutions prestigieuses comme la National Gallery de Londres, le Jeu de Paume à Paris ou le MoMa de New York, souligne le caractère difficile et long de cette démarche judiciaire.

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Une plainte pour « attaque délibérée contre un bien de caractère civil »

La particularité de cette plainte réside dans son fondement juridique. Comme les parents d'Ali Cherri ne possédaient pas la nationalité française, la justice française ne peut être saisie directement pour leur mort. L'artiste a donc porté plainte pour le crime de guerre spécifique d'« attaque délibérée contre un bien de caractère civil », étant lui-même propriétaire de l'appartement détruit où ses parents ont trouvé la mort.

Me Clémence Bectarte, avocate d'Ali Cherri, a souligné l'importance de cette démarche : « À ce jour, aucune procédure judiciaire n'a été ouverte, ni au Liban, ni à l'étranger, concernant les attaques menées par Israël au Liban entre octobre 2023 et novembre 2024. » Une telle enquête française constituerait donc une première judiciaire significative.

Des violations du droit international humanitaire documentées

La plainte s'appuie sur des recherches approfondies menées par Amnesty International et Forensic Architecture. Dans un rapport publié en février 2026, Amnesty International a établi que la frappe avait été menée sans avertissement préalable et a conclu qu'elle violait raisonnablement le droit humanitaire international.

L'organisation a précisé : « Les recherches d'Amnesty International n'ont pas permis de trouver d'éléments selon lesquels des objectifs militaires étaient présents au moment de l'attaque. » Même dans l'hypothèse contraire, « les moyens employés et la méthode de cette attaque sur un bâtiment d'habitation, habité par des civils, en feraient probablement une attaque indiscriminée », a ajouté l'association.

Un contexte de conflit meurtrier

Ce bombardement s'inscrit dans le cadre plus large des hostilités entre Israël et le Hezbollah, allié du Hamas, qui ont débuté après l'attaque du 7 octobre 2023 dans la bande de Gaza. Ces tensions ont dégénéré en guerre ouverte en septembre 2024, causant plus de 4 000 morts au Liban et contraignant plus d'un million de personnes à fuir leurs foyers.

Me Bectarte a commenté : « Ces attaques constituent une violation manifeste et répétée du droit international humanitaire, qui impose le respect du principe de distinction entre les objectifs militaires et les biens et populations civiles. La justice française doit s'assurer que ces crimes ne restent pas impunis et garantir la poursuite des auteurs, en particulier lorsque ses propres ressortissants en sont victimes. »

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Un espoir de justice malgré les obstacles

Ali Cherri reconnaît le caractère ambitieux de sa démarche dans le contexte géopolitique actuel : « Ça va être très long et difficile, ça peut paraître presque absurde dans le contexte d'aujourd'hui. Mais si cela peut aider à ce qu'il n'y ait pas d'autres vies perdues dans cette folie… Je m'accroche à l'espoir d'obtenir justice. »

L'artiste a précisé qu'Amnesty International avait interrogé les autorités israéliennes sur cette frappe spécifique mais n'avait reçu aucune réponse, renforçant selon lui la nécessité d'une action judiciaire indépendante.