Plus de 3 000 réfugiés érythréens arrêtés en Égypte selon une ONG des droits humains
3 000 réfugiés érythréens arrêtés en Égypte selon une ONG

Des arrestations massives de réfugiés érythréens en Égypte

Plus de 3 000 réfugiés érythréens ont été arrêtés depuis le 10 janvier en Égypte, selon une déclaration faite lundi 23 février par l'organisation non gouvernementale érythréenne de défense des droits humains, Human Rights Concern Eritrea (HRCE). Cette ONG s'appuie sur des témoignages et des photographies pour documenter ces arrestations, qui se sont produites dans un contexte de rapprochement diplomatique entre l'Égypte et l'Érythrée.

Des conditions de détention alarmantes

HRCE rapporte des violations graves des droits fondamentaux dans les centres de détention égyptiens. Les témoignages recueillis font état de coups et brûlures infligés aux détenus, ainsi que de refus de soins médicaux pour les blessés. Plus inquiétant encore, l'ONG évoque des violences sexuelles contre des détenus, soulignant une brutalité systématique à l'encontre de cette population vulnérable.

Ces arrestations interviennent alors que l'Érythrée, dirigée d'une main de fer par Isaias Afwerki depuis 1993 sans aucune élection, impose un service militaire illimité à sa jeunesse. Cette politique contraint de nombreux jeunes Érythréens à fuir leur pays, cherchant refuge dans des nations voisines comme l'Égypte, où ils se retrouvent pourtant exposés à de nouveaux dangers.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des expulsions illégales vers l'Érythrée

HRCE a également alerté sur des expulsions forcées vers l'Érythrée, malgré le statut de réfugié reconnu par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) pour certaines des personnes concernées. Selon l'agence onusienne, cet enregistrement devrait normalement offrir une protection contre le refoulement, les arrestations arbitraires et les détentions illégales. Ces expulsions violent donc clairement le droit international des réfugiés.

Interrogé par l'Agence France-Presse, le ministre de l'information érythréen, Yemane G. Meskel, n'a pour l'heure pas répondu à ces accusations, laissant planer un silence inquiétant sur le sort de ces milliers de personnes.

Un contexte diplomatique trouble

Ces arrestations surviennent dans un contexte de rapprochement entre l'Égypte et l'Érythrée, deux pays qui entretiennent des relations acrimonieuses avec l'Éthiopie. L'Égypte reproche à Addis-Abeba la construction d'un barrage sur le Nil, perçu comme une menace existentielle, tandis que l'Érythrée accuse son voisin de vouloir s'approprier son port stratégique d'Assab. Ce réalignement diplomatique semble se faire au détriment des droits des réfugiés.

HRCE a lancé un appel urgent à l'ONU pour intervenir immédiatement et empêcher ces expulsions, tout en exhortant l'Égypte à respecter ses obligations internationales en matière de protection des réfugiés.

Une situation des droits humains préoccupante dans les deux pays

L'Érythrée est régulièrement critiquée par les organisations de défense des droits humains pour son régime répressif. Les dissidents y disparaissent dans des camps de détention secrets, et les civils sont enrôlés à vie dans l'armée. Selon HRCE, plus de 10 000 prisonniers d'opinion, dont des journalistes, des opposants politiques et des membres de minorités religieuses, croupissent dans les prisons érythréennes depuis des années, souvent sans procès.

De son côté, l'Égypte du président Abdel Fattah Al-Sissi, au pouvoir depuis 2014, est également pointée du doigt pour son bilan en matière de droits humains. Plusieurs ONG estiment que le pays détient des dizaines de milliers de prisonniers politiques, militants, journalistes et figures de l'opposition dans ses geôles, ce que le gouvernement égyptien conteste fermement.

Cette affaire met en lumière la vulnérabilité extrême des réfugiés érythréens, pris en étau entre un pays d'origine répressif et un pays d'accueil qui semble sacrifier leurs droits sur l'autel de considérations diplomatiques. La communauté internationale est appelée à réagir face à cette crise humanitaire qui s'aggrave de jour en jour.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale