Le père Pedro Opeka, prêtre argentin installé à Madagascar depuis trente-sept ans, a rencontré ce jeudi à Monaco une cinquantaine de bienfaiteurs de l'association A.P.P.O., réunie par son président Jacques Rit. Le prince Albert II, fidèle soutien, était présent. « Chaque année, je pars avec mon bâton de pèlerin vers l'Europe, en France, en Belgique, à Monaco pour chercher des moyens de continuer », a expliqué le religieux.
Une amitié née il y a trente ans
Le lien entre le père Pedro et la Principauté remonte à plus de trente ans. « Une nuit, je reçois un appel de la Collection de voitures du Prince de Monaco. On m'a demandé si j'avais besoin d'argent pour construire une école, car une vente aux enchères d'objets de pilotes de Formule 1 était prévue. Tous les bénéfices nous ont été donnés », se souvient-il. Invité à l'avant-première du film GoldenEye, il a pris la parole devant un millier de personnes, dont les princes Rainier et Albert. Dans la salle, Nadia Jahlan a compris son combat et a fondé l'association A.P.P.O., qui depuis Monaco aide à payer les enseignants d'Akamasoa.
Akamasoa : un mouvement de solidarité et de développement
Le père Pedro insiste sur la nature de son œuvre : « Nous ne sommes pas seulement une œuvre humanitaire, nous sommes un mouvement de solidarité et de développement. Nous avons cinq maternités et quatre cimetières. On s'occupe des gens démunis de la naissance à la mort. » Le mouvement Akamasoa – « les bons amis » en malgache – est né face à l'immensité des besoins. « Face aux besoins immenses, on s'est dit : que va-t-on faire ? Ce n'est pas notre affaire ? C'est à l'État de prendre en charge ? Non, faisons-le. Personne n'a le monopole de la lutte contre la pauvreté. Tout le monde peut participer, alors participons à la mesure de nos talents. »
Des chiffres impressionnants
Aujourd'hui, Akamasoa compte 40 000 personnes, avec six écoles, quatre collèges, quatre lycées et une université, soit 21 529 enfants scolarisés. « Je suis entouré par 950 jeunes Malagasy. Nous avons commencé avec 2 000 personnes, aujourd'hui nous sommes 40 000. Jamais je n'aurais pensé accomplir autant. Et nous n'assistons personne. Tout le monde travaille », souligne-t-il.
Un appel à la solidarité
Interrogé sur le découragement face à la pauvreté persistante à Madagascar, le père Pedro répond : « Il y a des moments difficiles. Mais je ne peux pas désespérer quand je vois ces milliers d'enfants qui ont le droit d'avoir un avenir meilleur, plus digne. Nous passons une seule fois dans cette vie, il n'y a pas deux mi-temps comme dans une partie de foot. C'est aujourd'hui que nous devons faire le bien. » Il ajoute : « Ne pas aider, ce n'est pas humain. Là où il y avait une décharge à Akamasoa il y a 37 ans, désormais c'est devenu une oasis d'espérance. Mais le combat continue… Quand on dépense tant d'argent pour les armes, des centaines de milliards de dollars comme pour la guerre en Iran récemment, pensez combien de choses on aurait pu faire avec cet argent ! »



