L'ancien banquier d'affaires condamné à vingt ans de réclusion
Ruben Vardanian, l'oligarque russo-arménien qui avait abandonné sa vie confortable à Moscou et renoncé à sa nationalité russe pour devenir brièvement chef du gouvernement du Haut-Karabakh entre novembre 2022 et février 2023, a été condamné à vingt ans de prison par un tribunal militaire azerbaïdjanais. Le verdict est tombé mardi 17 février, après un procès qui s'était ouvert en janvier.
Des accusations multiples et une défense qui dénonce
Le milliardaire arménien, fondateur de l'une des premières banques d'investissement de Moscou, a été reconnu coupable de plusieurs chefs d'accusation graves. Selon la décision du tribunal militaire de Bakou, ces accusations incluent le franchissement illégal de frontière, le financement du terrorisme et la formation de groupes armés illégaux. Il était également accusé de terrorisme, de crimes contre l'humanité et de crimes contre l'Azerbaïdjan.
La famille de Ruben Vardanian a réagi vivement à l'annonce du verdict. Dans un communiqué publié sur le réseau X, elle a qualifié la décision de dévastatrice, bien que non inattendue, estimant que l'issue du procès était prédéterminée depuis son arrestation en septembre 2023. Cette arrestation avait suivi l'offensive éclair menée par l'Azerbaïdjan pour reprendre le contrôle total du Haut-Karabakh, une opération qui avait provoqué l'exode de plus de 100 000 Arméniens de la région.
Une procédure controversée et politiquement chargée
L'équipe de défense internationale de Ruben Vardanian, menée par l'avocat spécialisé en droits humains Jared Genser, a vivement critiqué la procédure judiciaire. Elle l'a qualifiée de politiquement motivée, pointant notamment du doigt le jugement d'un civil par un tribunal militaire et le refus d'autoriser des observateurs internationaux à assister au procès.
Le ministère des affaires étrangères arménien a annoncé qu'il engagerait toutes les démarches possibles, y compris des actions auprès de la justice internationale, pour protéger les droits des personnes jugées à Bakou. Cette position contraste fortement avec celle du président azerbaïdjanais, Ilham Aliev, qui a rejeté les appels internationaux à la libération des détenus. Il a même comparé ces demandes à celles visant à accorder la clémence aux accusés des procès de Nuremberg.
Sept autres anciens dirigeants sévèrement condamnés
Le procès de Ruben Vardanian s'inscrit dans un contexte plus large de condamnations en série visant d'anciens dirigeants du Haut-Karabakh. Au terme de plus d'un an de procès, entamé en janvier 2025, sept autres personnalités ont écopé de lourdes peines, allant de vingt ans de réclusion à la prison à perpétuité.
Les condamnés à la prison à vie comprennent :
- L'ancien président Arayik Haroutiounian
- L'ex-ministre des affaires étrangères David Babaian
- L'ancien ministre de la défense Levon Mnatsakanian
- L'ex-commandant adjoint de l'armée de défense du Haut-Karabakh David Manoukian
- L'ancien président de l'Assemblée nationale Davit Ichkhanian
Deux autres anciens présidents, Arkadi Ghoukassian et Bako Sahakian, ont été condamnés à vingt ans de prison. Selon les autorités azerbaïdjanaises, une peine de réclusion à perpétuité ne pouvait être prononcée car ils avaient dépassé l'âge de 65 ans.
Un regain d'attention diplomatique internationale
Ce dossier judiciaire a suscité un regain d'attention diplomatique significatif, particulièrement après la visite à Bakou du vice-président américain J. D. Vance. Ce dernier avait indiqué vouloir évoquer le sort des détenus avec le président Aliev, qui a confirmé avoir abordé la question lors de leur rencontre. Le président azerbaïdjanais a décrit la procédure comme un processus juridique interne mené en toute transparence.
Le contexte régional reste tendu malgré certains développements diplomatiques. Le 8 août 2025, l'Arménie et l'Azerbaïdjan ont signé un accord préliminaire en vue d'un traité de paix lors d'une rencontre à la Maison Blanche avec le président américain Donald Trump. Cependant, Bakou affirme être prêt à conclure un accord définitif seulement si Erevan modifie sa Constitution afin d'en retirer toute référence au Haut-Karabakh.
Le procès de Ruben Vardanian et des autres anciens dirigeants du Haut-Karabakh s'est tenu en grande partie à huis clos, alimentant les critiques sur le manque de transparence de la procédure. L'agence de presse étatique azerbaïdjanaise Azertac a rapporté qu'Arayik Haroutiounian avait été reconnu coupable d'avoir mené une guerre d'agression, de génocide, de terrorisme et d'autres infractions liées au contrôle du Haut-Karabakh par l'Arménie pendant des décennies. Les autres accusés ont été condamnés pour des motifs similaires.



