Évacuations médicales de Gaza vers l'Égypte : un processus au ralenti
« Ça faisait plus de deux ans que j’attendais, et là il fallait partir d’un coup » : ces mots résument le calvaire de Rawan Joudeh, une mère de famille palestinienne de 35 ans atteinte d’une tumeur au cerveau. Son cas emblématique illustre les difficultés rencontrées par les patients de Gaza nécessitant des soins urgents à l’étranger, alors que les évacuations médicales vers l’Égypte reprennent péniblement.
Une attente interminable brisée par l’urgence
Rawan Joudeh vit à Zuwaida, un village du centre de la bande de Gaza, avec son mari, professeur de mathématiques, et leurs quatre enfants. Atteinte d’une tumeur cérébrale non cancéreuse qui ne peut être traitée dans l’enclave, elle avait subi une première intervention chirurgicale en Égypte en mai 2023. L’opération s’était bien déroulée, avec la pose d’un shunt pour évacuer l’excès de liquide céphalorachidien, et un suivi médical régulier était prévu tous les six mois.
Mais le 7 octobre 2023 a tout bouleversé. La guerre déclenchée par Israël en représailles à l’attaque du Hamas a paralysé le système de santé gazoui. Dès novembre 2023, 70 % des hôpitaux et cliniques de Gaza étaient hors service. Bien que son village n’ait pas été concerné par les ordres d’évacuation du nord, le stress et la dégradation des conditions de vie ont aggravé l’état de Rawan. Fatigue intense, maux de tête persistants et nausées sont réapparus, rendant son transfert médical plus urgent que jamais.
Une évacuation enfin possible grâce à Rafah
Mardi 10 février, après une attente de plus de deux ans, Rawan Joudeh a finalement pu quitter Gaza grâce à la réouverture temporaire du poste-frontière de Rafah. Elle a rejoint Le Caire où elle séjourne chez sa sœur Razan, dans un appartement de Nasr City offrant une vue panoramique sur la mégalopole de 23 millions d’habitants.
Assise sur un canapé face au balcon, elle se repose après deux jours de traitement à l’hôpital Al-Salam, en périphérie de la capitale égyptienne. Sa fille de 5 ans virevolte à ses côtés, dans un décor encore marqué par les décorations du ramadan à l’entrée de l’immeuble. Dans un monde normal, son parcours aurait été simple : des soins réguliers et un retour rapide auprès des siens. Mais la réalité est tout autre.
Un retour incertain dans une enclave dévastée
Si Rawan se réjouit d’avoir enfin accès aux soins vitaux, son cœur reste à Gaza. Elle compte revenir dans l’enclave au plus vite, malgré la destruction d’une grande partie du bâti et la précarité des services médicaux. Sa maison familiale, miraculeusement intacte, l’attend, mais l’environnement reste hostile à sa santé.
Son cas n’est pas isolé. Des centaines de patients palestiniens attendent toujours une évacuation médicale, dans un contexte où les autorisations de passage sont rares et les procédures bureaucratiques complexes. La réouverture de Rafah offre une lueur d’espoir, mais le processus reste lent et aléatoire, laissant de nombreux malades dans une situation critique.
L’histoire de Rawan Joudeh souligne ainsi l’urgence humanitaire à Gaza, où la guerre a exacerbé les besoins médicaux tout en rendant l’accès aux soins presque impossible. Alors que les évacuations reprennent au ralenti, chaque jour compte pour sauver des vies.



