Zelensky annonce une avancée significative de 300 km² dans le sud de l'Ukraine
Dans un entretien exclusif accordé à l'AFP ce vendredi 20 février, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a fait une déclaration marquante concernant l'évolution du conflit avec la Russie. Vêtu de son habituel style militaire, chemise et pantalon noirs, le chef d'État de 48 ans a affirmé avec détermination que ses forces armées venaient de reprendre aux troupes russes pas moins de 300 kilomètres carrés de territoire lors de contre-attaques actuellement en cours dans le sud du pays.
Une guerre dont l'issue reste incertaine mais pas perdue
À quelques jours seulement du quatrième anniversaire de l'invasion russe lancée le 24 février 2022, Volodymyr Zelensky a livré une analyse nuancée de la situation. « On ne peut pas dire que nous perdons la guerre, honnêtement, nous ne sommes certainement pas en train de la perdre », a-t-il déclaré lors de cet entretien d'une heure réalisé au siège de la présidence à Kiev. « La question est de savoir si nous allons gagner », a-t-il ajouté, reconnaissant ainsi le caractère toujours indécis de ce conflit qui a plongé l'Europe dans sa guerre la plus sanglante et destructrice depuis la Seconde Guerre mondiale.
Le président ukrainien a tenu à féliciter chaleureusement « toutes les forces de défense » pour ces résultats récents. Bien que l'AFP ne soit pas en mesure de confirmer ces déclarations de manière indépendante, si elles s'avéraient exactes, elles représenteraient les avancées ukrainiennes les plus significatives sur une période aussi courte depuis l'année 2023.
Le rôle crucial du blocage de Starlink
Selon les explications fournies par Volodymyr Zelensky, ces contre-attaques réussies ont été rendues possibles en partie grâce à un développement technologique crucial. L'armée ukrainienne aurait notamment exploité le blocage, intervenu début février, de l'utilisation par les forces russes du système Starlink. Ce service de connexion internet par satellite, développé par l'entreprise américaine SpaceX d'Elon Musk, permettait jusqu'alors aux troupes russes de maintenir une communication haut débit et de coordonner leurs frappes de drones.
« Il y a des problèmes, il y a des défis », a reconnu le président concernant l'impact de cette décision sur les propres forces ukrainiennes, tout en précisant que les conséquences avaient été « dans une moindre mesure » pour son armée. Il a indiqué avoir demandé à son ministre de la Défense de faire tout ce qui était en son pouvoir pour atténuer ces difficultés techniques.
La pression américaine sur le dossier du Donbass
Volodymyr Zelensky a également exprimé ses préoccupations concernant ce qu'il a décrit comme une « pression » croissante des États-Unis sur l'Ukraine. Cette pression viserait, selon ses dires, à pousser Kiev à abandonner entièrement le Donbass, cette région minière de l'est du pays qui constitue depuis des années l'épicentre des combats les plus intenses.
« Les Américains et les Russes disent que si vous voulez que la guerre se termine demain, sortez du Donbass », a affirmé le président ukrainien. Il a estimé que Washington exerçait « davantage de pression » sur son pays précisément parce que celui-ci se trouvait « dans une position plus difficile ». « On ne peut pas exercer, je l'ai déjà dit, plus de pression sur nous que sur les Russes, parce que ce sont eux les agresseurs », a-t-il insisté.
Cette évolution intervient dans un contexte de changement de position notable des États-Unis depuis le retour de Donald Trump à la présidence début 2025. Jadis principal allié militaire de l'Ukraine, Washington a quasiment coupé toute aide militaire directe et se présente désormais comme un simple médiateur entre les deux belligérants. Néanmoins, selon les assurances de Volodymyr Zelensky, les renseignements fournis par les Américains à Kiev se maintiennent « au même niveau » qu'auparavant.
Un projet de force internationale pour garantir la sécurité future
Le président ukrainien a également évoqué les discussions en cours concernant un éventuel déploiement de troupes internationales en cas de cessez-le-feu avec la Russie. Kiev souhaiterait voir des forces européennes garantir le maintien de la paix et être déployées « près » du front, selon ses déclarations.
Ce dossier, débattu depuis des mois principalement par les alliés européens de l'Ukraine, n'a pour l'instant abouti à aucun accord formel. Volodymyr Zelensky a précisé avoir proposé à la Pologne et aux pays Baltes de déployer leurs troupes le long de la frontière entre l'Ukraine et la Biélorussie, alliée à Moscou.
Cette force multinationale ferait partie des garanties de sécurité visant à dissuader la Russie d'attaquer à nouveau l'Ukraine après la conclusion d'une hypothétique paix. Le volet aérien de ce contingent pourrait être constitué d'avions militaires de pays alliés basés à proximité de l'Ukraine. Cependant, la Russie a rejeté à plusieurs reprises ce plan européen, avertissant que toute présence militaire occidentale dans le pays constituerait pour Moscou une « cible légitime ».
Le contexte humanitaire et politique alarmant
Derrière ces développements militaires et diplomatiques se cache une réalité humanitaire dramatique. La guerre a déjà causé :
- Des dizaines, voire des centaines de milliers de morts des deux côtés
- Des millions de réfugiés ayant fui l'Ukraine
- La destruction de vastes territoires par les combats
- Une occupation russe de près de 20% du territoire ukrainien
- Des bombardements quotidiens de zones civiles et d'infrastructures
- La pire crise énergétique depuis le début de l'invasion en 2022
Dans le Donbass, moins de 20% de la région de Donetsk, verrou des défenses ukrainiennes, reste sous le contrôle de Kiev. Les troupes russes continuent d'avancer lentement mais régulièrement dans cette zone, malgré des pertes considérables.
La question controversée des élections en temps de guerre
Volodymyr Zelensky a également abordé la demande récurrente de la Russie et des États-Unis concernant la tenue d'élections rapides en Ukraine. Selon des sondages, cette idée est « très mal vue » par la majorité des Ukrainiens. Le président estime que cette proposition est instrumentalisée par le Kremlin pour le chasser du pouvoir.
« Soyons honnêtes, les Russes veulent juste me remplacer », a-t-il déclaré. « Personne (en Ukraine) ne veut d'une élection pendant une guerre. Tout le monde craint un effet destructeur, une division de la société ».
Alors que le conflit entre dans sa quatrième année, les déclarations de Volodymyr Zelensky témoignent à la fois des difficultés persistantes et des espoirs ténus qui animent encore la résistance ukrainienne face à l'agression russe.



