L'Ukraine saisit la Cour pénale internationale pour les attaques russes contre ses infrastructures énergétiques
L'Ukraine a officiellement saisi la Cour pénale internationale (CPI) d'un dossier complet concernant les attaques russes systématiques contre ses infrastructures énergétiques entre juillet 2025 et février 2026. Cette démarche juridique majeure a été annoncée par le procureur général ukrainien, Ruslan Kravchenko, qui a transmis le document au bureau du procureur de la CPI.
Un dossier préparé avec rigueur
Le dossier a été méticuleusement préparé par le bureau du procureur général ukrainien, en coordination étroite avec la direction principale des enquêtes du service de sécurité d'Ukraine et un groupe de travail interministériel composé d'experts militaires. Cette préparation s'est effectuée conformément à l'article 15 du statut de Rome, fondement juridique de la Cour pénale internationale.
Selon les autorités ukrainiennes, ces attaques ont été orchestrées par les plus hauts responsables militaires et politiques de la Fédération de Russie. Elles ont ciblé délibérément tous les types d'installations énergétiques dans la majorité des régions du pays pendant la saison de chauffage critique.
Des attaques d'une intensité inédite
Les frappes russes ont pris la forme d'attaques combinées, massives et prolongées, utilisant des armes terrestres, aériennes et navales. L'intensité de ces assauts dépasserait, selon Kiev, celle des précédentes vagues d'attaques massives menées entre octobre 2022 et mars 2023, puis entre mars 2024 et mars 2025.
L'ensemble de la chaîne technologique du système énergétique ukrainien a été touché :
- Centrales thermiques (TES)
- Centrales hydroélectriques (GES)
- Centrales de cogénération (TEC)
- Réseaux de distribution électrique
"L'effet cumulatif des bombardements, conjugué aux conditions météorologiques, a rendu cette campagne plus systématique et plus destructrice que les précédentes", a déclaré le procureur général Ruslan Kravchenko, ajoutant que "presque chaque habitant de l'Ukraine" en a ressenti les conséquences directes.
Bilan humain et accusations graves
Les chiffres officiels font état de 11 morts et 68 blessés parmi les civils lors des frappes contre les sites énergétiques au cours de la période considérée. Kiev affirme catégoriquement que ces attaques "n'ont apporté et ne pouvaient apporter aucun avantage militaire" et qu'elles visaient spécifiquement à "terroriser la population et créer des conditions de vie intenables".
Les autorités ukrainiennes estiment que ces actions constituent une "attaque généralisée et systématique" présentant des éléments constitutifs de crimes contre l'humanité. Cette qualification juridique pourrait avoir des implications majeures pour les responsables russes visés par la procédure.
Contexte international et soutien à l'Ukraine
Cette initiative juridique intervient alors que la communauté internationale réaffirme son soutien à l'Ukraine à l'occasion du quatrième anniversaire du début de l'invasion russe. Les dirigeants du G7 ont réitéré leur "soutien indéfectible à l'Ukraine dans la défense de son intégrité territoriale et de son droit à exister".
Parallèlement, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution réaffirmant son soutien à Kiev et à son intégrité territoriale, avec 107 voix favorables. Plusieurs pays ont annoncé de nouvelles mesures de soutien :
- Le Royaume-Uni a dévoilé un nouveau paquet de sanctions visant 300 entités, bateaux ou individus des secteurs énergétique et militaire russes
- Le Canada a annoncé une aide militaire supplémentaire de 1,23 milliard d'euros à l'Ukraine ainsi que de nouvelles sanctions contre la Russie
- Une trentaine de dirigeants de pays alliés ont appelé la Russie à accepter un "cessez-le-feu complet et inconditionnel"
Négociations en cours et perspectives
Alors que des pourparlers ukraino-américains sont prévus à Genève pour discuter de la reconstruction et de la coopération économique, le président Volodymyr Zelensky continue d'exhorter l'Union européenne à fixer une "date claire" pour l'adhésion de son pays. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a promis d'accorder "d'une façon ou d'une autre" à l'Ukraine le prêt de 90 milliards d'euros décidé par l'UE, malgré le blocage persistant de la Hongrie.
Cette saisine de la Cour pénale internationale représente une étape cruciale dans la stratégie juridique de l'Ukraine pour tenir la Russie responsable des destructions infligées à ses infrastructures civiles essentielles. Le dossier déposé pourrait ouvrir la voie à des poursuites internationales contre les responsables russes impliqués dans ces attaques systématiques contre le système énergétique ukrainien.



