L'armée ukrainienne a repris le contrôle de 745 km² dans le sud du pays, près de la ville d'Oleksandrivka, selon la présidence ukrainienne. Cette offensive, menée sur plusieurs mois, a permis la libération de 26 villages dans les régions de Dnipropetrovsk, Donetsk et Zaporijia. L'Institute for the Study of War, plus prudent, avance un chiffre de 627 km², mais confirme l'essentiel sur la base d'images géolocalisées. Dans les deux cas, il s'agit de la plus importante avancée ukrainienne depuis trois ans, à comparer aux 806 km² gagnés par la Russie sur les sept premiers mois de l'année.
Une offensive menée dans une discrétion inhabituelle
Cette opération a été menée avec un silence remarquable, tant du côté ukrainien, qui a évité d'attirer l'attention avant de consolider ses gains, que du côté russe, qui a préféré masquer la détérioration de sa position. Le groupe d'analystes DeepState, proche du ministère de la Défense ukrainien, a confirmé d'un coup la reprise des 19 villages concernés, plutôt que d'annoncer les avancées au fil des semaines comme c'est généralement le cas.
Pour Yves Boyer, chercheur associé en géopolitique à la Fondation pour la recherche stratégique, cette communication maîtrisée répond à une logique politique : « Les Ukrainiens ont à cœur de montrer aux Occidentaux qu'ils tiennent le terrain, afin que la quantité de matériel et d'argent qu'ils investissent en Ukraine n'ait pas l'air d'être à perte. » Il s'agit moins de célébrer une victoire militaire que de rassurer des partenaires dont le soutien dépend de la conviction que l'Ukraine peut encore gagner du terrain. Cependant, le spécialiste met en garde contre une lecture purement comptable : « Regarder les km² n'a pas tellement de sens si l'on n'observe pas le mouvement des forces et l'ensemble du théâtre d'opérations. »
Le véritable enjeu se joue à Kramatorsk-Sloviansk
Selon Yves Boyer, la partie la plus significative du front ne se situe pas dans le Sud, mais plus au nord-est, sur l'axe stratégique où la pression russe s'intensifie. « Il y a la ligne Kramatorsk-Sloviansk, où les Ukrainiens ont une ligne fortifiée très importante. Les Russes sont en train de l'enfoncer petit à petit. Ils cherchent à encercler cette zone, de façon à créer progressivement ce qu'on appelle un chaudron. L'objectif est de casser cette ligne fortifiée. Et une fois cette ligne cassée, les Russes pourraient avoir la possibilité de poursuivre leur progression beaucoup plus profondément à l'ouest », détaille-t-il.
Dans un reportage publié la semaine dernière, la revue géopolitique Conflits confirme l'intensification de l'effort russe sur le « dernier verrou du Donbass ukrainien ». Pour le site Le Grand Continent, cette victoire territoriale montre « que l'armée est toujours capable de mener des opérations offensives mécanisées en exploitant des failles dans le dispositif russe et en mettant en pratique de nouvelles tactiques ». Mais l'avenir du conflit semble suspendu à d'autres enjeux, et sur un front de plus de 1 000 kilomètres, les percées ne se dessinent pas forcément là où on les attend.



