Conflits mondiaux : l'Ukraine surveille la prolifération des crises et ses conséquences stratégiques
Ukraine : les conséquences stratégiques des conflits mondiaux

Conflits mondiaux : l'Ukraine surveille la prolifération des crises et ses conséquences stratégiques

De Gaza au Soudan, de la frontière afghano-pakistanaise à l'Iran, les conflits armés essaiment actuellement aux quatre coins du globe. Quatre années après le début de l'invasion russe de l'Ukraine, Kiev observe avec une attention particulière cette multiplication des crises et leurs conséquences potentielles pour son propre combat existentiel contre Moscou.

Le régime iranien au bord de l'effondrement : une opportunité pour Kiev ?

Le régime des mollahs en Iran, allié historique de la Russie de Vladimir Poutine, semble aujourd'hui au bord de l'effondrement. Cette situation pourrait représenter une bonne nouvelle pour l'Ukraine, qui a longtemps dénoncé le soutien militaire iranien à Moscou. En réponse aux récentes frappes américaines et israéliennes sur l'Iran, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a d'ailleurs salué la « détermination » des États-Unis tout en fustigeant le « régime terroriste » des mollahs.

« Alors que les Ukrainiens n'ont jamais menacé l'Iran, le régime iranien a choisi d'être le complice de Poutine et lui a fourni des drones Shahed, des technologies et d'autres armes à la Russie », a-t-il dénoncé avec fermeté. Selon les estimations, près de 60 000 drones de type Shahed, une technologie initialement conçue par les Iraniens, auraient été lancés sur l'Ukraine depuis le début de l'invasion à grande échelle.

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L'autonomisation russe et les routes commerciales stratégiques

Cependant, la Russie a progressivement réduit sa dépendance envers l'Iran. Depuis 2023, elle construit elle-même ses drones Shahed dans l'usine Yelabouga, située dans le Tatarstan russe, dont la production n'a cessé de monter en puissance. Pour le Kremlin, l'invasion de l'Ukraine peut donc continuer, avec ou sans le régime des mollahs.

La spécialiste Taline Ter Minassian, professeure d'histoire contemporaine de la Russie à l'Inalco, souligne cependant un point sensible : « Là où ça embête le plus la Russie, c'est sur le corridor de transport international Nord-Sud ». Ce réseau crucial, conçu pour contourner les sanctions occidentales en traversant l'Iran, la Russie, l'Inde, l'Azerbaïdjan et l'Arménie, pourrait être ralenti voire paralysé par une guerre régionale.

Les avantages énergétiques russes et la diplomatie pragmatique

Sur le plan énergétique, la Russie conserve un avantage significatif. Carole Grimaud, spécialiste en géopolitique de la Russie, note que « malgré les sanctions, ils continuent à vendre leur pétrole via leur flotte fantôme », ce qui pourrait même leur permettre de faire grimper les prix sur ce marché parallèle.

La diplomatie russe se révèle par ailleurs particulièrement pragmatique. Vladimir Poutine a certes dénoncé avec une certaine hypocrisie les récentes attaques contre l'Iran comme une « violation cynique » du droit international, mais Moscou avait probablement anticipé ce scénario. « La diplomatie russe ne ferme pas la porte d'un régime à l'autre et tend à faire valoir ses intérêts de façon pragmatique », analyse Carole Grimaud, suggérant que les Russes ont déjà tissé des liens pour assurer la continuité de leurs affaires quel que soit le futur pouvoir iranien.

Les craintes ukrainiennes : défense antiaérienne et attention internationale

Volodymyr Zelensky exprime quant à lui des inquiétudes concrètes concernant les répercussions sur la défense antiaérienne de l'Ukraine, dont le pays manque cruellement. « Nous comprenons qu'une guerre prolongée et l'intensité des hostilités vont affecter la quantité de défense aérienne disponible pour nous », a-t-il expliqué, alors que ces systèmes sont essentiels pour intercepter les frappes balistiques russes quotidiennes.

Carole Grimaud souligne un autre risque : « Les armes américaines sont en train de pleuvoir sur l'Iran, or l'Ukraine aurait préféré les avoir dans ses stocks ». Si ce phénomène se prolonge, les livraisons d'armes à l'Ukraine pourraient être retardées, affaiblissant sa position sur le front.

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Les pourparlers de paix mis en pause

Enfin, l'extension du conflit au Moyen-Orient a des conséquences directes sur les perspectives de paix. Une nouvelle session de pourparlers entre Kiev et Moscou, sous médiation américaine et prévue début mars aux Émirats arabes unis, a été mise sur pause. Taline Ter Minassian met en garde : « Le risque, c'est que l'Ukraine passe au second plan ».

Cette situation pourrait profiter à Vladimir Poutine, comme le conclut Carole Grimaud : tant que l'attention de la communauté internationale, et particulièrement celle des États-Unis, se concentre sur d'autres crises, « Poutine peut tranquillement continuer sa guerre » contre l'Ukraine.