Ukraine : Mykhaïlo Fedorov, le ministre de la Défense qui a démissionné, suscite des manifestations de soutien
Ukraine : Fedorov démissionne, manifestations de soutien

Le 15 juillet 2026, le ministre ukrainien de la Défense Mykhaïlo Fedorov a annoncé sa démission, après celle de la Première ministre Ioulia Svyrydenko, dans le cadre d'un remaniement gouvernemental voulu par le président Volodymyr Zelensky. Ce départ surprise a provoqué une onde de choc dans le pays, où des manifestations de protestation se sont organisées pour soutenir le jeune ministre de 35 ans.

Un ministre populaire et réformateur

Fedorov, à la tête du ministère de la Défense pendant six mois, a multiplié les réformes : développement de l'usage des drones, revalorisation des soldes des militaires et introduction de mécanismes de démobilisation partielle. Il a également mis en place un système controversé de récompenses pour les unités performantes, inspiré des jeux vidéo. Malgré la question sensible de la mobilisation forcée, sa cote de popularité est restée élevée.

Jeudi 16 juillet, devant un écran géant montrant des images de drones, Fedorov a défendu son bilan tout en attaquant celui du commandant en chef de l'armée ukrainienne, Oleksandre Syrsky. « Toutes les initiatives que nous proposions ont commencé à être bloquées », a-t-il déclaré. « La guerre a complètement changé. Nous ne pouvons pas continuer en nous fondant sur ce qui fonctionnait à l'époque », a-t-il plaidé.

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Fractures au sein de la hiérarchie militaire

Ce départ met en lumière des fractures au sein de la hiérarchie militaire. Fedorov est un partisan d'une guerre fondée sur les drones et les nouvelles technologies, tandis que Syrsky, 60 ans, héros de la défense de Kiev et de la contre-offensive de Kharkiv en 2022, privilégie une approche plus traditionnelle. Dernièrement, les deux hommes n'étaient quasiment plus en contact.

Volodymyr Zelensky a dû choisir entre les deux, ou a été poussé à le faire par Syrsky, selon Fedorov. « Un président en temps de guerre ne devrait pas avoir à faire un tel choix », a réagi le chef de l'État, appelant à l'« unité ». Pour plusieurs analystes, Zelensky a choisi de préserver la stabilité du commandement militaire. La popularité de Fedorov a aussi pu jouer contre lui : « Fedorov était de plus en plus perçu comme une nouvelle star politique et comme le réformateur le plus efficace du gouvernement, ça n'a peut-être pas plu à Zelensky », analyse le politologue Volodymyr Fessenko auprès de l'AFP.

Un parcours marqué par l'innovation

Nommé en janvier 2026, Fedorov était présenté comme le visage du renouveau des forces ukrainiennes, confrontées à des reculs sur le front, des pénuries de recrues et d'équipements, ainsi qu'à la bureaucratie et à la corruption. Son proche conseiller Serguiï Sternenko se disait alors convaincu qu'il pourrait rallier une partie de l'institution militaire à sa vision réformatrice : « Beaucoup dépend du commandement militaire mais Mykhaïlo a une capacité à déjouer le système. »

Avec un style rappelant celui des hommes d'affaires de la Silicon Valley, le plus jeune ministre de la Défense de l'histoire de l'Ukraine promettait de « transformer la guerre en une plateforme de données ». Cela n'a pas convaincu la vieille garde de l'état-major, qui ne voyait en lui qu'un entrepreneur n'ayant jamais servi sous les drapeaux. Toutefois, ses prises de position lui ont valu des admirateurs chez les Occidentaux, notamment Alex Karp, le directeur général de Palantir, qui lui a apporté son soutien après son éviction.

De la transformation numérique à la guerre des drones

Né le 21 janvier 1991 à Vassylivka, Fedorov a rejoint l'équipe de Zelensky en 2019, dirigeant sa stratégie numérique lors de sa campagne présidentielle. Élu député, il est nommé vice-Premier ministre, le plus jeune de l'histoire, puis ministre de la Transformation numérique, où il pilote le lancement de Diia, l'application administrative devenue incontournable. Après l'invasion russe de février 2022, il a sollicité Elon Musk pour obtenir l'accès au réseau Starlink, contribuant à maintenir les communications sur le front.

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En pointe sur la cyberrésistance, il a été l'artisan du développement des drones dans l'armée. Longtemps critiquée, cette stratégie s'est révélée déterminante. « Nous voulons utiliser tous les moyens possibles pour défendre notre terre et notre peuple, disait-il au Nouvel Obs en 2022. Et, parfois, la technologie peut être une solution contre les chars. »

Incertitudes sur l'avenir du front

Pour le remplacer, Zelensky a confié l'intérim à Ievguen Khmara, un responsable discret des services de sécurité ukrainiens (SBU). Des interrogations demeurent sur l'avenir, alors que l'armée ukrainienne semblait avoir enrayé la dynamique russe et intensifié ses frappes en profondeur. « Les décisions politiques déterminent directement notre manière de combattre », résume un soldat déployé sur le front auprès de l'AFP.

À Moscou, des blogueurs militaires se sont félicités de cette crise politique, l'un d'eux remerciant Zelensky d'avoir écarté un ministre qui avait « causé tant de problèmes » aux forces russes. Une situation « préoccupante », a réagi un diplomate européen auprès de l'AFP, ajoutant que les soutiens de l'Ukraine s'attendaient à ce que « tout se déroule sans accroc à Kiev ». « Nous savons que l'Ukraine a enregistré des succès au combat. Tout le monde souhaite les préserver et aller plus loin. Sans unité dans les rangs, c'est difficile », a-t-il conclu.