Donald Trump aurait-il réussi là où les diplomates échouent depuis quatre ans ? Ce samedi 9 mai, une trêve de 72 heures s’installe entre la Russie et l’Ukraine, accompagnée d’un échange massif de prisonniers : mille détenus rendus de chaque côté. Sur la Place rouge, les drapeaux de la Victoire flottent, mais l’embarras est visible ce 9 mai. Cette pause marque-t-elle un pas vers la fin des hostilités, ou n’est-elle qu’une manœuvre pour gagner du temps ? Un geste qui marque les esprits, mais pas assez pour arrêter une guerre qui, après quatre ans, n’a rien perdu de sa violence.
Une annonce soudaine et mystérieuse
Selon le Guardian, le président américain a annoncé sur son réseau Truth Social une cessation de toute « activité cinétique » entre la Russie et l’Ukraine. « Espérons que ce soit le début de la fin d’une guerre très longue, meurtrière et difficile », a-t-il écrit, assurant que les négociations progressaient « chaque jour ». L’expression tranche avec la rhétorique martiale qui domine depuis février 2022 et souligne la volonté de Washington de reprendre la main diplomatique.
Le caractère soudain de l’annonce intrigue autant qu’il fascine. El País relève qu’« on ne sait pas quand Trump a parlé à ces dirigeants ni comment l’accord vanté sur Truth Social a été conclu ». Le quotidien espagnol rappelle que les derniers échanges officiellement connus entre Trump et Vladimir Poutine remontaient à la fin avril, autour du dossier iranien, tandis que sa dernière conversation recensée avec Volodymyr Zelensky datait de décembre. Un flou qui nourrit les spéculations sur une médiation parallèle menée dans l’ombre par Washington.
« Le dernier rebondissement d’un long conflit »
Pour The Moscow Times, il s’agit d’une « intervention diplomatique surprise ». Le journal souligne que cette entente met un terme à « une semaine confuse de cessez-le-feu rivaux », chaque camp ayant proclamé sa propre trêve avant d’accuser l’autre d’en violer les termes. Le Kremlin avait d’abord décrété un arrêt unilatéral des hostilités à l’occasion des célébrations de la victoire soviétique de 1945, tandis que Kiev affirmait avoir proposé, sans réponse, une suspension distincte des combats.
Politico y voit « le dernier rebondissement d’un long conflit ». Le média estime que le fait, pour Donald Trump, de présenter publiquement la trêve comme le fruit de son initiative constitue un signal politique : malgré l’enlisement militaire et l’usure diplomatique, son influence sur le dossier ukrainien demeure intacte. Politico rappelle toutefois que de multiples cessez-le-feu ont déjà échoué depuis le début de l’invasion russe.
Mille contre mille
Cette prudence traverse également les analyses britanniques. Selon la BBC, les discussions n’ont produit « aucune avancée significative » vers une paix durable, tandis que grandit à Washington la crainte d’un déplacement de l’attention américaine vers le Moyen-Orient. En déplacement à Rome, le secrétaire d’État Marco Rubio a d’ailleurs prévenu que les États-Unis ne souhaitaient pas « perdre de temps » dans un processus diplomatique enlisé.
L’autre événement majeur de cette parenthèse armée réside dans l’échange de prisonniers. Le Kyiv Independent parle d’une « surprise », tandis que le Kyiv Post salue « une étape humanitaire majeure » et « l’un des échanges les plus importants depuis le début du conflit ». Le geste permet à Volodymyr Zelensky de replacer le retour des captifs ukrainiens au centre de sa stratégie politique, au-delà des symboles militaires.
La « Victoire » en demi-teinte
Mais cette trêve intervient surtout dans un climat de tension extrême autour des célébrations du 9 mai à Moscou. Selon CNN, le traditionnel défilé de la Victoire apparaît cette année singulièrement amoindri. Les autorités russes ont renoncé à l’exposition massive de blindés et d’armements lourds, pourtant devenue sous Poutine un rituel de démonstration impériale. Le Kremlin a privilégié la sécurité à la mise en scène de la puissance.
D’ordinaire conçue comme une liturgie militariste exaltant la résilience soviétique et la force russe contemporaine, la parade de la Place rouge s’est déroulée dans une atmosphère de forteresse assiégée. CNN souligne que les frappes ukrainiennes de drones contre le territoire russe – notamment des installations pétrolières et même des immeubles de Moscou – ont profondément modifié les calculs sécuritaires du Kremlin.
El País révèle par ailleurs que le FSB devait interrompre totalement le réseau Internet mobile dans la région durant les célébrations. Une mesure rarissime, qui témoigne de la nervosité des autorités russes face au risque d’attaques ou de perturbations.
Le « pire événement depuis la Seconde Guerre mondiale »
Symbole fort, Volodymyr Zelensky a assuré qu’aucune arme ukrainienne ne viserait la Place rouge pendant le défilé. Une forme de trêve cérémonielle qui rappelle combien la mémoire de la Seconde Guerre mondiale demeure un champ de bataille idéologique autant qu’historique. Selon CNN, près de 27 millions de citoyens soviétiques périrent durant le conflit mondial, davantage que dans tout autre pays.
En Italie, La Repubblica rapporte que Donald Trump a qualifié la guerre russo-ukrainienne de « pire événement depuis la Seconde Guerre mondiale ». Une formule dramatique, qui vise autant à souligner l’ampleur des destructions qu’à inscrire son intervention diplomatique dans une perspective historique.
L’addition humaine de la guerre
Le bilan humain, justement, continue de croître malgré la suspension temporaire des combats. Le Kyiv Independent affirme que la Russie aurait perdu environ 1 340 270 soldats depuis février 2022, dont 1 080 au cours des dernières vingt-quatre heures. Kiev évoque également des pertes colossales en chars, systèmes d’artillerie, véhicules blindés et drones. Les chiffres demeurent invérifiables de manière indépendante, mais plusieurs centres d’analyse occidentaux estiment effectivement les pertes russes supérieures à celles de l’Ukraine.
Le Center for Strategic and International Studies (CSIS) estimait en janvier 2026 que l’Ukraine avait probablement subi entre 500 000 et 600 000 victimes depuis le début de l’invasion, dont jusqu’à 140 000 morts au combat. Des chiffres vertigineux, qui rappellent que, malgré les trêves et les gestes diplomatiques, la violence persiste.



