L'escalade verbale et militaire de Washington contre Téhéran
Donald Trump intensifie sa rhétorique belliqueuse à l'encontre de l'Iran. Lors d'une allocution nocturne entre le 1er et le 2 avril, le président américain a prévenu qu'il allait "renvoyer l'Iran à l'âge de pierre auquel il appartient", annonçant de nouvelles frappes dans les semaines à venir. Cette déclaration s'inscrit dans une série de menaces explicites. Dès le 30 mars, Trump avait averti qu'il mettrait fin à la guerre en "faisant sauler et en anéantissant" les centrales électriques, les puits de pétrole, le terminal pétrolier de l'île de Kharg et potentiellement toutes les usines de dessalement, si le détroit d'Ormuz n'était pas rouvert. Le 4 avril, un nouvel ultimatum a été lancé, accordant 48 heures à l'Iran pour parvenir à un accord avec Washington, sous peine de voir les États-Unis "déchaîner les enfers".
Des frappes ciblant délibérément le système de santé iranien
Les menaces se concrétisent par des attaques aériennes américaines et israéliennes contre des infrastructures civiles, potentiellement contraires au droit international humanitaire. Au lendemain de l'allocution de Trump, l'Institut Pasteur d'Iran, le centre de recherche médicale le plus prestigieux du Moyen-Orient situé à Téhéran, a été gravement endommagé. Aucune revendication n'a été formulée par Washington ou Tel-Aviv. Cet institut, désormais hors service, produisait plus de 50% des vaccins du pays, soit plus de 15 millions de doses annuelles principalement pédiatriques.
Le 31 mars, des frappes distinctes ont touché Tofigh Darou, l'une des plus grandes entreprises pharmaceutiques publiques iraniennes, détruisant ses unités de production et de recherche. Cette société est un producteur majeur de médicaments anticancéreux et d'anesthésiques. Le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a dénoncé "plus de 20 attaques vérifiées" contre des structures de santé en Iran depuis le début du conflit.
Destruction d'infrastructures stratégiques et réactions internationales
Les voies de communication sont également visées. Le 2 avril, le pont suspendu B1 à Karaj, en construction pour relier Téhéran à la mer Caspienne, a été fortement endommagé par des bombardements américains. D'une longueur de 1,2 kilomètre et d'une hauteur de 136 mètres, il était présenté comme le plus haut ouvrage de ce type au Moyen-Orient. Donald Trump a revendiqué cette destruction sur Truth Social, affirmant que "le plus grand pont d'Iran s'est effondré et ne sera plus jamais utilisé".
Ces frappes sur des cibles civiles ne sont pas isolées. Dès le premier jour de la guerre, une école du sud de l'Iran a été détruite, tuant plus de 160 enfants et enseignants. Le commandement central américain justifie ces actions en déclarant prendre "toutes les précautions possibles" mais ne pouvant "garantir la sécurité des civils" près des installations utilisées à des fins militaires par le régime.
Un effet contre-productif qui renforce le régime iranien
Les experts soulignent que cette stratégie pourrait produire l'effet inverse de celui recherché. Hamid Enayat, politologue spécialiste de l'Iran, analyse que "le régime iranien ne se transforme pas sous l'effet des bombardements extérieurs". Reza Pirzadeh, expert en relations internationales, constate que "la société iranienne a été replacée dans une logique de défense nationale", avec un réflexe de ralliement classique en temps de guerre. Les destructions d'infrastructures et les pertes civiles ont altéré la perception d'une partie de la population qui avait pu accorder du crédit aux promesses de Trump, nourrissant une colère croissante envers les États-Unis et Israël.
La nouvelle tactique de communication du pouvoir iranien
Le régime iranien exploite cette situation pour consolider sa narration de "défense de la nation". Comme le relève Reuters, les dirigeants ont adopté une nouvelle tactique : de hauts responsables se promènent ouvertement dans les rues de Téhéran au milieu de groupes de soutien, affichant une image d'unité face aux attaques étrangères. Cette mise en scène vise à renforcer le sentiment anti-occidental et à montrer que le pouvoir reste aux commandes.
Selon Hadi Ghaemi, directeur du Centre pour les droits de l'homme en Iran, le régime utilise également ces foules loyales comme boucliers humains pour augmenter le coût de toute tentative d'assassinat. Cette stratégie intervient dans un contexte où le régime des mollahs, fragilisé par des décennies de corruption et de répression, cherche à regagner un soutien populaire érodé.
Conséquences sanitaires catastrophiques à long terme
Les frappes contre le système de santé auront des répercussions durables. Iradj Sobhani, professeur à la Faculté de médecine de Paris-Créteil, avertit que la destruction de l'Institut Pasteur entraîne non seulement la perte d'une capacité de production, mais aussi celle de "tout le système de surveillance microbiologique, de prévention des épidémies et de réponse sanitaire d'urgence". En cas d'atteinte aux réseaux d'eau potable ou d'assainissement, l'Iran serait exposé à un risque majeur de catastrophe infectieuse, particulièrement dangereuse en temps de guerre.
Si le conflit perdure, la population iranienne pourrait donc faire face à une répression politique accrue couplée à des crises sanitaires provoquées par les destructions d'infrastructures essentielles. Cette situation complexe montre les limites d'une stratégie militaire qui, loin d'affaiblir le régime, pourrait paradoxalement contribuer à sa consolidation face à une menace extérieure perçue comme existentielle.



