Le Pakistan instaure la gratuité des transports à Islamabad face à la crise énergétique
Le gouvernement pakistanais a annoncé ce vendredi la gratuité des transports publics dans la capitale Islamabad pour les trente prochains jours. Cette mesure exceptionnelle fait directement suite à une augmentation drastique des prix du carburant, elle-même conséquence de la flambée des cours mondiaux de l'énergie provoquée par la guerre au Moyen-Orient, notamment impliquant l'Iran.
Une réponse à une hausse brutale des prix
Le ministre de l'Intérieur, Mohsin Naqvi, a précisé sur le réseau social X que cette initiative, ordonnée par le Premier ministre, coûterait environ 350 millions de roupies (1,25 million d'euros) au budget de l'État. Cette annonce intervient juste après la décision gouvernementale d'augmenter le prix de l'essence de 42,7% et celui du gazole de 54,9%. Ces hausses, perçues comme un « coup de massue » par la population, ont immédiatement suscité des mouvements de protestation dans les rues.
Des files d'attente interminables se sont formées devant les stations-service, tandis que des dizaines de personnes manifestaient à Lahore, capitale de la province du Pendjab. Un manifestant de 39 ans, Naveed Ahmed, a dénoncé à l'AFP une décision qui « a largué une bombe d'essence sur son peuple du jour au lendemain », appelant à stopper « cette tempête inflationniste ».
Des mesures d'austérité et des subventions ciblées
Pour tenter de limiter l'impact de la crise, le gouvernement a parallèlement dévoilé un train de mesures d'austérité visant à économiser le carburant :
- Passage à une semaine de travail de quatre jours pour de nombreux bureaux gouvernementaux.
- Prolongation des vacances scolaires.
- Basculement de certains cours en ligne.
De son côté, Maryam Nawaz Sharif, ministre en chef du Pendjab, la province la plus peuplée, a annoncé des « subventions ciblées » pour les camions et les bus. Elle a exhorté les opérateurs à ne pas répercuter la hausse des coûts sur les usagers, invoquant « un moment qui exige une responsabilité collective, de la compassion et de l'unité dans l'intérêt national ».
Un contexte régional et international tendu
La guerre américano-israélienne contre l'Iran, lancée fin février, a paralysé le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, voie cruciale pour le transit d'un cinquième des approvisionnements énergétiques mondiaux. Cette situation exacerbe les tensions sur les marchés.
Le Pakistan n'est pas le seul pays asiatique touché. Le Bangladesh a ainsi relevé de 29% les prix du gaz de pétrole liquéfié et du gaz naturel comprimé. Le Fonds monétaire international (FMI) a récemment mis en garde contre la double pression subie par les économies vulnérables : hausse des prix de l'énergie et perturbations des chaînes d'approvisionnement. Signe des difficultés, le FMI a annoncé fin mars un accord préliminaire avec le Pakistan pour un nouveau programme d'aide de 1,2 milliard de dollars.
Cette crise multidimensionnelle, mêlant conflit géopolitique, inflation et tensions sociales, place le gouvernement pakistanais dans une position délicate, obligé de jongler entre mesures de soutien à la population et impératifs budgétaires.



