Syrie : l'ONU suspecte des crimes de guerre dans les affrontements meurtriers de Soueida
Des enquêteurs des Nations unies ont déclaré, ce vendredi, que les violences qui ont secoué la province druze syrienne de Soueida en juillet dernier, faisant plus de 1 700 morts, pourraient constituer des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité. Cette annonce intervient dans le cadre d'un rapport détaillé de la Commission d'enquête de l'ONU sur la Syrie, qui documente des atrocités commises par diverses parties au conflit.
Un bilan humain et matériel catastrophique
Dans son dernier rapport, la Commission d'enquête des Nations unies sur la Syrie affirme avoir recueilli des preuves de « exécutions, actes de torture, violences sexistes et incendies de maisons à grande échelle » lors des affrontements. Ces violences ont frappé le cœur de la province de Soueida, contrôlée par les Druzes, une communauté religieuse issue de la branche ismaélienne du chiisme. Le rapport s'appuie sur 409 témoignages de survivants et de témoins, ainsi que sur des visites de terrain, révélant trois vagues de violence simultanées entre le 14 et le 19 juillet 2025.
Ces événements ont entraîné un lourd bilan : plus de 1 700 personnes ont perdu la vie et près de 200 000 autres ont été déplacées. La première vague, du 14 au 16 juillet, a été la plus meurtrière. Selon la commission, les forces gouvernementales syriennes, accompagnées de combattants tribaux, ont commis des « violations généralisées du droit international humanitaire et des droits de l'homme à l'encontre des civils druzes », incluant des meurtres, des tortures, des détentions arbitraires et des pillages.
Des cycles de représailles entre communautés
La seconde vague de violence a débuté le 17 juillet, alors que les forces gouvernementales se retiraient suite à des frappes aériennes israéliennes. Durant cette période, des groupes armés druzes ont attaqué des civils bédouins, perpétrant à leur tour des meurtres et des actes de torture. Du 17 au 19 juillet, des combattants tribaux ont pris pour cible des civils druzes en représailles. La commission souligne que des membres des forces gouvernementales ont même ôté leurs uniformes pour participer à ces violences, aggravant la situation.
Fionnuala Ní Aolaín, membre de la Commission d'enquête, a déclaré : « Les graves violations commises par les forces gouvernementales et les groupes armés druzes pourraient constituer des crimes de guerre ». Elle a également mis en lumière le rôle des frappes israéliennes, qui ont non seulement causé des morts et des mutilations parmi les civils, mais ont aussi contribué à l'instabilité en alimentant les accusations de trahison et en provoquant des représailles contre la communauté druze.
Une province profondément divisée et un appel à l'action
Le rapport avertit que la province de Soueida reste profondément divisée et que la quasi-totalité des 200 000 personnes déplacées en juillet 2025 sont toujours dans l'impossibilité de rentrer chez elles. Paulo Pinheiro, président de la Commission, a insisté sur l'urgence de la situation : « Il est urgent de déployer des efforts accrus pour que tous les auteurs de ces actes rendent des comptes, quels que soient leur affiliation ou leur rang, afin de rétablir la confiance au sein des communautés victimes, parallèlement à un véritable dialogue pour s'attaquer aux causes profondes du conflit ».
Cette enquête s'inscrit dans le cadre plus large des investigations menées par l'ONU sur les violations du droit international en Syrie depuis le début de la guerre civile en 2011. Les conclusions soulignent la nécessité d'une action internationale pour prévenir de nouvelles atrocités et garantir la justice pour les victimes.



