L'IISS alerte : la Russie peut prolonger la guerre en Ukraine malgré des difficultés économiques et de recrutement
Russie : capacité à poursuivre la guerre en Ukraine selon l'IISS

La Russie pourrait prolonger son offensive en Ukraine selon une étude stratégique majeure

Des affrontements sanglants qui pourraient se poursuivre encore durant de longs mois ? Le spectre d'une guerre au long cours en Ukraine préoccupe à nouveau profondément l'Europe en cette fin février, exactement quatre ans après le lancement de l'offensive russe sur le territoire de son voisin à l'hiver 2022. Cette hypothèse inquiétante trouve un écho particulièrement fort dans la vaste étude annuelle publiée par l'Institut international d'études stratégiques (IISS), l'un des think tanks les plus influents au monde en matière de défense et de questions militaires.

Des investissements militaires massifs qui donnent une marge de manœuvre

Le groupe de réflexion vient de dévoiler ses perspectives militaires pour l'année à venir, avec une conclusion majeure : Moscou dispose clairement de la capacité à maintenir son attaque contre l'Ukraine pendant une année supplémentaire sans rencontrer de problèmes insurmontables. Cette analyse fait écho aux déclarations du président russe Vladimir Poutine, qui a réaffirmé dimanche 22 février son ambition de continuer à "renforcer l'armée et la marine" de son pays.

L'IISS rappelle dans son rapport que les investissements de la Russie dans ses forces de défense ont connu une augmentation drastique depuis 2022. Rien qu'en 2025, ces dépenses ont encore progressé de 3 %, après plusieurs années de hausse constante. Au total, elles ont représenté sur une année 186 milliards de dollars, soit environ 7,3 % du produit intérieur brut total du pays. Cette proportion dépasse largement la part de richesse nationale consacrée aux dépenses militaires par des puissances comme la France, la Chine ou même les États-Unis.

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Une économie russe qui ralentit mais ne paralyse pas l'effort de guerre

La montée en puissance des moyens russes alloués à la défense se heurte cependant à un défi de taille : le ralentissement considérable de l'économie russe, directement lié au conflit et aux sanctions internationales imposées à Moscou. L'économie du pays n'a connu qu'environ 1 % de croissance en 2025, un chiffre similaire à celui attendu pour cette année. Les experts estiment ainsi que l'augmentation des dépenses de défense pourrait se tarir quelque peu en 2026.

Mais cette projection ne semble pas inquiéter outre mesure le Kremlin. Les investissements massifs dans les équipements et l'armement menés par la Russie depuis quatre ans lui offrent en effet une marge de manœuvre substantielle pour poursuivre son offensive en Ukraine. La guerre a poussé Vladimir Poutine à engager ou finaliser le développement de nombreuses armes, comme de nouveaux missiles, souvent présentés avec force propagande par les médias d'État russes.

Le complexe industrialo-militaire du pays a également été mobilisé pour créer une nouvelle version du drone Shahed iranien, produit directement depuis le sol russe avec le soutien essentiel de Téhéran. L'ensemble de ces paramètres conduit Bastian Giegerich, directeur général de l'IISS cité par le Guardian, à affirmer que "peu d'indications" montrent aujourd'hui que "la capacité de la Russie à poursuivre sa guerre contre l'Ukraine pour une cinquième année soit diminuée".

Des difficultés de recrutement qui menacent la stratégie russe

Plusieurs aspects préoccupants méritent cependant l'attention du Kremlin. L'économie qui tourne au ralenti en est un, avec ses taux d'intérêt très élevés, son inflation généralisée, ses difficultés d'investissement pour les entreprises et son manque de main-d'œuvre. Mais le principal danger pour la Russie réside actuellement dans ses difficultés croissantes de recrutement pour soutenir ses combats sur le champ de bataille.

Chaque mois, l'armée russe a besoin d'enrôler environ 30 000 nouveaux hommes afin de poursuivre son offensive. Or, il existe "des signes de plus en plus nombreux indiquant que le taux de recrutement de la Russie commence à être inférieur à ses pertes mensuelles", souligne Nigel Gould Davies, un autre expert de l'IISS, toujours auprès du Guardian.

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Le Kremlin ne communique pas précisément sur les pertes humaines subies par son armée. Un récent décompte du média russe indépendant Mediazona et de la BBC Russia a confirmé la mort de plus de 200 000 soldats russes depuis 2022, un chiffre qui pourrait être largement sous-estimé selon diverses sources. Moscou rencontre donc de plus en plus de difficultés à trouver de nouveaux volontaires pour combattre.

Pour compenser ce déficit, l'armée russe recourt à des méthodes préoccupantes :

  • Envoi de détenus, parfois considérés comme très dangereux, sur le champ de bataille
  • Recrutement de malades atteints de graves pathologies psychiatriques
  • Incorporation d'hommes souffrant d'alcoolisme ou de toxicomanie
  • Promesse de versement d'importantes primes financières

Ces profils ne constituent pas toujours de véritables atouts militaires, mais servent principalement à combler les effectifs sur le front. Janis Kluge, chercheur à l'Institut allemand des affaires internationales et de sécurité (SWP), explique dans un entretien accordé à Mediazona : "Le plus grand danger de ce modèle de recrutement de volontaires réside probablement dans l'impression que cela n'en vaut tout simplement pas la peine, car on va mourir et la guerre ne finira jamais. Et cela peut arriver de façon soudaine et inattendue si l'idée que c'est trop dangereux se répand parmi la population masculine russe."

Pour le moment, aucune mobilisation générale n'est envisagée par Vladimir Poutine. La précédente mobilisation partielle, à la fin de l'été 2022, avait suscité une vague de contestation avec des manifestations dans plusieurs villes russes, un scénario que le Kremlin cherche probablement à éviter à tout prix.